LES ZIBAN
et dont la réputation dépassait de beaucoup les limites de son cercle.
Au mois de juin, des avis secrets lui étaient parvenus, annonçant que les habitants de plusieurs oasis, fanatisés par un certain Bouzian, homme d'un courage indomptable et d'une énergie farouche, montraient de mauvaises dispositions. Pour jeter un coup de sonde au milieu de tout ce monde-là, le commandant de Saint- Germain fit partir son chef du bureau arabe, le capitaine Seroka, afin de lever dans les oasis des Ziban l'impôt sur les palmiers : la « lezma », pensant que la rentrée plus ou moins facile de cet impôt lui donnerait des indications mathématiques sur l'état moral du pays.
Le capitaine Seroka n'éprouva d'abord pas de difficultés sérieuses. Mais au village de Zaatcha, situé à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Biskra, les cavaliers qu'il avait envoyés, pour porter au chef de l'oasis les lettres de commandement, trouvèrent une population franchement hostile, refusant l'impôt. Ils eurent toutes les peines du monde à s'échapper.
Le commandant de Saint-Germain, informé de l'incident, pensa que sa présence et son influence personnelle suffiraient à tout calmer. Il réunit les forces indigènes dont il disposait : les cavaliers du goum, leur adjoignit une compagnie de tirailleurs indigènes et se porta rapidement à leur tête sur Zaatcha. Les gens de l'oasis, qui se rendaient bien compte des conséquences de leur attitude, s'étaient mis en défense. Il fallut en découdre, et dans une lutte inégale, le brave commandant trouva une mort glorieuse. Ce fut une grande perte pour nous, et pour les insurgés un succès qui enflamma leur audace. Bientôt les habitants des oasis voisines, Farfar, Lichana, se joignaient à eux et faisaient le serment solennel de partager leur sort, quel qu'il fût. Pour bien comprendre la situation où cette
3<3o MES SOUVENIRS.
révolte nous surprenait, il faut se rendre compte, d'abord, que la saison chaude rendait toute opération dans le Sud extrêmement pénible, et ensuite qu'un peu partout, des agitations semblables absorbaient toutes nos forces disponibles.
Le colonel de Martimprey, fanatique de l'Algérie, entretenait, avec les principaux officiers des trois provinces, une correspondance active qui passait sous mes yeux et me permettait de suivre, presque jour par jour, les opérations militaires les plus diverses. Ainsi, le général Herbillon, commandant la division de Constantine, était avec le gros de ses forces en Kabylie, occupé à châtier la tribu des Beni-Toufout. Le général de Salles opérait, sur la route de Sétif à Bougie, contre les Beni-Barhim. Le colonel Carbuccia, commandant la subdivision de Batna, sur le territoire duquel , par conséquent , avait éclaté la révolte des Ziban, manœuvrait à la tête de trois bataillons et de trois escadrons de chasseurs d'Afrique, pour ramener à l'obéissance les Ouled-Sahnoun, qui s'étaient révoltés contre leur caïd et le tenaient assiégé dans une maison fortifiée. La division d'Alger était trop occupée de ses propres affaires pour venir en aide à la division de Constantine. Le général Blangini manœuvrait contre les Guetchoulas, et le colonel Canrobert, le colonel des zouaves, guerroyait en Kabylie, sur les cimes du Djurdjura, où il livra de très glorieux combats dans lesquels se distingua un jeune chef de bataillon, le commandant de Lavarande, dont un boulet de canon devait plus tard, en Crimée, interrompre la magnifique carrière, alors qu'il était déjà devenu général de brigade. C'est à la dislocation de cette colonne que le 12* de ligne nous apporta le choléra, à Orléansville.
Tout le monde avait donc, peu ou prou, des Arabes sur les bras, et les insurgés des Ziban profitaient de cette dissémination de nos forces. Enfin le colonel