‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 166 sur 211 · UNE SERRE CHAUDE · texte numérisé non relu

UNE SERRE CHAUDE

Carbuccia, redevenu libre, se rabattit sur eux. Il crut qu'il viendrait facilement à bout de Zaatcha. Mais, comme il ne disposait pas d'artillerie, il fut repoussé. Ce nouveau succès porta à son comble l'enthousiasme des insurgés. Presque toutes les oasis des Ziban s'unirent à eux. Les grandes tribus sahariennes réunirent leurs meilleurs cavaliers pour venir à leur secours. Les montagnards de l'Aurès s'agitèrent à leur tour, à tel point qu'il fallut faire escorter solidement les convois , entre Batna et Biskra, et tout ce que put faire le colonel Carbuccia fut de se poster en observation devant Zaatcha, pour attendre les renforts et surtout l'artillerie qu'il demandait.

Jetons un coup d'oeil sur l'oasis, et nous comprendrons devant quel obstacle se trouvait l'assaillant déconcerté, qui n'avait pas su proportionner les moyens d'attaque au but à atteindre. Figurez-vous trois couches de végétaux superposées. D'abord une forêt de palmiers portant dans les airs leurs têtes épanouies. Audessous, une seconde forêt d'arbres fruitiers de toute espèce; et enfin, au ras du sol, un tapis de plantes herbacées et légumineuses. Sous nos arbres d'Europe, le soleil anémique ne pénètre pas assez pour faire pousser des plantes. Mais là, les rayons de feu passent à travers les palmes de la première couche comme à travers un tamis. Ils réchauffent et fécondent les arbres de la seconde couche, qui se couvrent de fleurs et de fruits, et arrivent enfin, amortis et tempérés, sur les plates-bandes des jardins. Les serres chaudes, avec leur fouillis, peuvent seules donner une idée de l'oasis de Zaatcha.

Dans cet amoncellement de verdure, jetez au hasard des maisons bâties en brique crue, qui ressemblent à de gigantesques fourmilières, et, dans tous les sens, des murs de même matière qui entourent chaque jardin. Posez au milieu de cet inextricable labyrinthe,

défendu par de nombreux et invisibles combattants, un gros village, protégé par un mur d'enceinte élevé derrière un large et profond fossé que l'on peut, en un clin d'oeil, remplir d'eau, et vous aurez la représentation exacte de la formidable forteresse dont la nature avait fait presque tous les frais, qu'il s'agissait d'emporter.

Le général Herbillon jugea l'entreprise assez considérable pour en venir prendre lui-même la direction, attirant à lui tous les renforts disponibles, laissant à Constantine le général de Salles, avec trois bataillons et trois escadrons destinés à assurer la marche de ses convois entre Batna et Biskra, et portant sur Bouçaâda le colonel de Barrai, chargé d'appuyer la colonne principale.

Le 5 octobre seulement, à cause de l'éparpillement des troupes et de la chaleur, le général Herbillon fut en mesure d'agir. Il commença par manœuvrer pour isoler Zaatcha des oasis voisines. Mais il n'avait pas assez de monde pour l'investir, et il résolut de marcher lentement et directement sur le village. Un véritable siège, auquel vint prendre part la colonne du colonel de Barrai, commença et dura jusqu'au 20 octobre. Ce jour-là, l'artillerie ayant ouvert, depuis la veille, deux brèches qui semblaient praticables, l'assaut fut donné, à six heures et demie du matin. Vingt-cinq sapeurs du génie, précédant une compagnie d'élite de la légion étrangère, suivie par une compagnie du 5* bataillon de chasseurs à pied, abordèrent, sous les ordres du colonel Carbuccia, la brèche de gauche, au milieu d'une grêle de balles. Arrivée sur la brèche, la tête de colonne se trouva arrêtée par un pan de mur que les défenseurs firent tomber sur elle et qui écrasa neuf soldats; d'où désordre et retraite de la colonne, qui alla chercher un abri dans les tranchées.

A droite, le colonel Dumonteil, du 42e de ligne, à la

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