ASSAUT REPOUSSÉ
tête au premier bataillon de son régiment, précédé par une section du génie, traverse le fossé, ayant de l'eau jusqu'aux épaules, et aborde la brèche, qu'il occupe pendant deux heures. Mais, malgré les efforts des sapeurs du génie, il est impossible de franchir les décombres. Plus de cent hommes, dont dix-sept tués, sont à terre, et parmi les blessés, un nombre disproportionné d'officiers. Parmi les défenseurs, beaucoup ont été portefaix à Alger et visent uniquement les chefs. Le général Herbillon se décide à faire sonner la retraite. Ce nouvel insuccès attire de nouveaux défenseurs dans Zaatcha, et exalte tellement les Arabes qu'à la nuit, ils tentent une attaque contre les tranchées. Mais ils sont promptement et vigoureusement repoussés.
Force fut donc au général Herbillon d'appeler encore à lui de nouveaux renforts et de pousser les travaux du siège, entravés à chaque instant par des attaques venues du dehors ou de la place elle-même. Dans un de ces engagements, nous perdîmes le colonel Petit, directeur du génie, chargé en cette qualité des travaux d'approche. Il eut l'épaule brisée, et mourut de cette blessure, qui avait exigé la désarticulation du bras. Les journées des 30 et 31 octobre appartinrent à la cavalerie, qui se mesura deux fois, dans des conditions identiques, avec les cavaliers sahariens venus au secours de Zaatcha et appuyés par de nombreux tirailleurs, embusqués derrière les murailles de l'oasis. Elle fournit plusieurs charges très brillantes, sous les ordres du colonel de Mirbeck, du 3e de chasseurs, et finit par avoir raison des nomades, que la venue de nombreux renforts, se rendant à marches forcées sur Zaatcha, allait rendre plus prudents.
En effet, le colonel Canrobert, à qui l'on recourait toujours quand il y avait de grands services à rendre et de grands dangers à affronter, accourait d'Aumale, amenant avec lui l'élite de ses zouaves, 1,800 hommes, qui
arrivèrent, au commencement de novembre, avec une précision mathématique, à la minute indiquée, encore qu'ils eussent parmi eux quelques cas isolés de choléra. En même temps, le colonel Daumas partait de Médéah pour aller contenir les Ouled-Nayls et les empêcher de venir au secours de Zaatcha. Enfin, deux bataillons vinrent par la mer, l'un d'Oran, l'autre de Bougie, jusqu'à Philippeville, d'où ils furent dirigés sur le théâtre des hostilités.
Le 26 novembre, à huit heures du matin, l'assaut suprême fut donné par trois colonnes de huit cents hommes chacune, franchissant, avec une ardeur irrésistible, trois brèches pratiquées par la sape et le canon. A leur tête marchaient trois héros : le colonel Canrobert, c'est-à-dire la bravoure faite homme, le colonel de Barrai, qui devait être tué quelques mois plus tard, comme général de brigade, dans une expédition aux portes de Bougie, le lieutenant-colonel de Lourmel, du 8e de ligne, qui devait mourir en Crimée des suites d'une blessure reçue le jour d'Inkermann , en poursuivant les Russes jusque dans les fossés de Sébastopol. Une quatrième colonne, sous les ordres du commandant Bourbaki, complétait, cette fois-ci, l'investissement de la place; et toute la cavalerie, rangée en bataille, était prête à repousser les attaques du dehors.
Au moment de se ruer sur la brèche, Canrobert, se tournant vers ses hommes, leur adressa ces paroles enflammées qui les électrisèrent : « Zouaves ! si aujourd'hui on sonne la retraite, ce ne sera pas pour vous. En avant! » Et il se précipita. Derrière lui marchaient, formant son état-major, le capitaine d'étatmajor Besson, le capitaine Toussaint, le sous-lieutenant Rosetti, du Ier de spahis, le lieutenant de Schar, des zouaves. Puis venait un second groupe, composé de douze sergents et caporaux de bonne volonté. Sur les