COMBATS ACHARNÉS
quatre officiers, deux, le capitaine Toussaint et le souslieutenant Rosetti, furent tués en mettant le pied sur la brèche. Les deux autres furent blessés. Sur les douze sergents et caporaux, huit furent tués ou blessés. L'élan des troupes fut admirable ; mais la défense de Zaatcha fut héroïque. On employa une heure à se rendre maître des rues et des terrasses des maisons. Il fallut ensuite prendre chaque maison l'une après l'autre, et faire le siège de tous les rez-de-chaussée où s'étaient réfugiés les défenseurs. Pas un d'eux ne demanda quartier. Tous, jusqu'au dernier, périrent les armes à la main, et quatre heures après la prise de la ville, des coups de feu partaient encore de dessous les décombres. Bouzian, ses deux fils et Si-Moussa, l'ancien agitateur du sud de Médéah, qui s'était jeté depuis quelques jours dans la place, poursuivis de maison en maison, s'étaient retirés dans la demeure de Bouzian lui-même. Ils s'y défendirent comme des lions, et il fallut faire jouer la mine pour en venir à bout. Leurs têtes furent apportées au général Herbillon, qui les laissa exposées plusieurs jours, afin que leur mort fût bien démontrée. L'assaut de Zaatcha nous coûta deux cents hommes, dont quarante morts. Les officiers furent particulièrement éprouvés. Pendant l'assaut, le commandant Bourbaki, de son côté, livrait un combat très vif contre les gens de Lichana, tandis que les cavaliers du colonel de Mirbeck et les goums du cheik El-Arab refoulaient le mouvement offensif des gens de Tolga.
La prise de Zaatcha produisit un effet moral considérable et amena rapidement la pacification des Ziban. Cependant, il y eut encore comme une dernière convulsion, car les Arabes les plus compromis qui avaient réussi à s'échapper s'étaient réfugiés dans la petite ville de Nahara, dont la position assez curieuse semblait inexpugnable. Au milieu des derniers contreforts de l'Aurès, est creusée une vallée assez large, du sein
de laquelle émerge un piton isolé, en forme de pain de sucre. Sur le sommet, qu'on dirait réservé à l'habitation des aigles, est construite la petite ville de Nahara, où l'état-major de l'insurrection vaincue se croyait en pleine sûreté. Et de fait, il semblait qu'on n'en pût venir à bout que par une sorte de blocus et par la famine. En disloquant ses troupes, le général Herbillon chargea le colonel Canrobert d'éteindre ce dernier brandon d'incendie, et voici quelle ruse imagina le colonel. Il lança ses hommes contre le piton, après leur avoir donné des instructions minutieuses, et brusquement fit sonner la retraite. Les zouaves se retirèrent, dans un désordre apparent dont les défenseurs de Nahara voulurent profiter. Ils descendirent par l'étroit sentier qui serpente sur le flanc de leur colline et s'aventurèrent dans la plaine. Immédiatement la scène changea; la charge sonna et les zouaves, tombant à la baïonnette sur les Arabes, remontèrent avec eux les pentes escarpées et, avec eux, entrèrent dans la ville imprenable. Ce fut le dernier exploit de Canrobert sur cette terre d'Afrique, berceau de sa gloire. Ainsi finit l'insurrection des Ziban.
Les chefs qui l'avaient domptée furent largement récompensés, et en première ligne, les commandants des trois colonnes d'assaut. Le colonel Canrobert et le colonel de Barrai furent nommés généraux de brigade, le lieutenant-colonel de Lourmel fut nommé colonel. Le colonel Daumas, nommé général, fut appelé au ministère de la guerre comme directeur des affaires de l'Algérie, poste pour lequel il était tout indiqué. Quant au général Herbillon, il fut remplacé à Constantine par le général de Saint- Arnaud. On laissa cependant s'écouler quelques mois, pour enlever à cette mesure l'apparence d'une disgrâce. Le général avait évidemment fini par triompher de l'insurrection, mais on pouvait lui reprocher de l'avoir laissée grandir, en en méconnais-