‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 169 sur 211 · LE COLONEL CARBUCCIA · texte numérisé non relu

LE COLONEL CARBUCCIA

sant l'importance et en lui opposant successivement des moyens de répression insuffisants.

Parmi les officiers qui avaient figuré dans ces opérations, nous avons revu le colonel Carbuccia, dont le nom, plus d'une fois, est tombé de ma plume. Le colonel était Corse d'origine, et la finesse italiennne revivait tout entière sur sa physionomie, plus éveillée que régulière, et dans ses petits yeux que des lunettes abritaient sans en dissimuler la vivacité. Son menton carré, sa mâchoire puissante, garnie de dents petites et blanches, disaient l'énergie de son caractère. Il était obligeant et aimable, jusqu'à paraître servile aux malintentionnés. Il avait une activité dévorante et lui cherchait partout des aliments nouveaux. Ainsi on l'avait vu, en souvenir des dromadaires de l'expédition d'Egypte, former un petit corps de troupes destiné aux marches rapides dans le Sud et monté sur des dromadaires. Il échoua pour avoir voulu trop bien faire. Au lieu de se bornera employer les dromadaires comme moyen de transport, permettant à l'infanterie de faire, sans trop de fatigue, de longues étapes dans le Sahara, il eut l'idée, un peu biscornue, de vouloir les dresser à des manœuvres d'escadron, ce qui était impraticable. A Batna, il s'adonna à l'archéologie, fouilla les vastes ruines romaines de Lambessa et y fit des découvertes intéressantes. La troisième légion romaine, celle qu'on appelait la « Légion Auguste vengeresse », parce qu'elle avait vengé les désastres subis par Varrus, a été longtemps établie à Lambessa, où l'on trouve à chaque pas ses traces. On y voit encore un temple, fort beau, sur le fronton duquel on a rétabli l'inscription latine primitive, dont voici la traduction : « Ce temple a été élevé par la troisième légion au dieu Esculape, pour le remercier d'avoir conservé la santé à son empereur, Septime- Sévère. » Le colonel Carbuccia fit même restaurer le tombeau d'un tribun militaire, et le décora de cette épi-

taphe : « Le colonel Carbuccia, à son collègue de la troisième légion romaine. »

Grâce aux succès de nos armes, l'année 1849, si féconde en événements dans la vieille Europe, finit en Algérie, au sein d'une tranquillité parfaite. Chez nous, àOrléansville, l'état sanitaire était devenu parfait, et le colonel de Martimprey profita de cette sorte d'accalmie pour prendre, au commencement de 1850, un congé, afin d'aller embrasser en France un fils qui venait de lui naître et que, hélas ! nous conduisions au tombeau l'an dernier, après une carrière militaire et parlementaire aussi brillante que courte. L'intérim du commandement de la subdivision fut confié au colonel du I2a de ligne, le colonel Dolomieu-Beauchamp, un excellent homme qui cachait un cœur tendre sous un aspect rébarbatif et terrible. Il me conserva auprès de lui, et j'employai mon temps à tenir le colonel de Martimprey si bien au courant des moindres incidents que, lorsqu'il revint, il put croire qu'il n'avait pas un seul instant quitté son poste.

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