‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 17 sur 211 · PAIX DE LA TAFNA · texte numérisé non relu

PAIX DE LA TAFNA

dans l'occupation encore impopulaire de l'Algérie, qu'une augmentation de dépenses et de mortalité pour notre armée. On était persuadé, en France, que le climat de l'Algérie était mortel pour les races européennes, et le débat n'existait qu'entre les partisans de l'évacuation pure et simple et les partisans de l'occupation, limitée à quelques points de la côte.

Le général Bugeaud, qui n'avait pas encore trouvé son chemin de Damas , figurait parmi ces derniers . Il fut chargé, en apparence de venir ravitailler encore une fois Tlemcen, et en réalité de signer la paix avec l'Emir. Le secret le plus absolu fut gardé sur le but réel de cette mission. Un beau matin, le général, suivi d'une faible escorte, quitta son camp sans dire où il allait, et se rendit sur les bords de la Tafna, en un endroit convenu , pour y rencontrer Abd-el- Kader.

L'Emir, qui avait tout calculé, le fit attendre longtemps, pour prouver à ses gens que les Français venaient à lui en solliciteurs. Il apparut enfin, précédé et escorté d'une cavalerie resplendissante, montée sur des chevaux d'apparat, richement caparaçonnés. Le général Bugeaud s'appliqua, pendant toute la durée des pourparlers, à faire régner entre l'Émir et lui une égalité absolue. A l'issue de la conférence, il se leva pour remonter à cheval, et l'Émir affecta de rester assis, comme si un inférieur prenait congé de lui. Le général Bugeaud lui tendit la main et, l'attirant violemment à lui, le mit debout sur ses pieds.

A peine le général était-il rentré au camp, que la nouvelle de la paix de la Tafna se répandit. Cette paix, qui donnait satisfaction à l'opinion publique, était incontestablement un acte de faiblesse de la part du gouvernement français. De la part d'Abd-el-Kader, elle était un acte de génie; car non seulement son titre et ses pouvoirs étaient reconnus officiellement, mais sa signa-

ture figurait, sur un acte diplomatique, à côté de celle du roi des Français. Le traité de la Tafna, réduisant dans les provinces d'Alger et d'Oran notre occupation aux villes déjà possédées, avec une banlieue déterminée, comportait l'évacuation de Tlemcen. Le général Bugeaud y procéda immédiatement. Le bataillon provisoire du capitaine du génie Cavaignac entra au régiment des zouaves du lieutenant-colonel de Lamoricière, avec son chef, qui reçut l'épaulette de chef de bataillon. Mais le commandant Cavaignac ne voulait pas servir sous les ordres du lieutenant-colonel de Lamoricière, qui avait été son cadet à l'école. Il se fit mettre en non-activité. Plus tard, nous le verrons succéder au général de Lamoricière, comme colonel des zouaves, et servir sous ses ordres directs à Tlemcen, pendant que le général commandait à Oran.

A la suite de la paix de la Tafna, les relations pacifiques avec Abd-el-Kader reprirent, sur le même pied qu'après la paix des Michels. L'Emir accrédita auprès de nous un consul, un mandataire, un oukil. De notre côté, nous déléguâmes auprès de lui, à Mascara, un consul. Le commandant de Menonville, du bataillon de Mostaganem, fut choisi pour remplir ces fonctions délicates. Il lui manquait la souplesse d'esprit pour résister aux intrigues, et la force d'âme pour supporter les ennuis de l'isolement. Il partit avec un interprète israélite nommé Lévy. Son esprit s'aigrit, s'exalta au milieu des difficultés du séjour de Mascara. Il se crut trahi par son interprète, le tint, pendant deux jours et deux nuits de suite, sous le canon de son pistolet, lui cassa la tête et se fit sauter la cervelle sur le cadavre. Après un court intérim rempli parle commandant Guerre, les fonctions de consul à Mascara furent dévolues au capitaine instructeur Daumas, du 2e de chasseurs d'Afrique, qui, pendant son séjour à Mascara, fit une ample moisson de documents précieux, plus tard employés à asseoir

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