‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 186 sur 211 · LA JEUNESSE ARABE · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE ARABE

pas. Aussi, la nature, brusquée, se venge, et ce tyran voit disparaître dans ses mains les ressources sur lesquelles il croyait devoir compter.

Songez, pour ne citer qu'un détail, qu'autrefois les pirates barbaresques dévastaient les côtes de l'Espagne, de la France et de l'Italie, qu'ils étaient la terreur des marines européennes, à ce point que l'ordre de Malte avait pour unique mission de les combattre ! Or, aujourd'hui, depuis Djemaâ-Gazaouat (le repaire des pirates), devenu notre Nemours, jusqu'à Sfax, en Tunisie, nous possédons, dans le nord de l'Afrique, l'immense étendue des côtes qui servaient de berceau et de repaire à ces intrépides et innombrables marins. Et le littoral algérien et tunisien ne nous donne pas un seul matelot!

Je ne prétends pas, cependant, que nous aurions dû respecter les mœurs arabes jusqu'à ne pas essayer de les modifier, et l'aristocratie indigène jusqu'à proscrire des hommes nouveaux; non. Nous avions autre chose à faire : nous avions à acclimater l'Arabe à nos propres mœurs, en le prenant à l'âge où il est plastique comme tous les hommes, dans son enfance. Nous aurions dû attirer dans les villes les fils des grandes familles, les enfants arabes qui, sans appartenir à l'aristocratie, auraient montré des dispositions intellectuelles, et les préparer à nos grandes écoles gouvernementales, d'où ils seraient sortis, imbus de notre esprit et maîtres de nos procédés, pour aller répandre cet esprit et ces procédés parmi leurs concitoyens.

Les jeunes Arabes, dans les écoles et les collèges où ils ont la chance de tomber sur des maîtres qui les aiment, qui se dévouent à eux, apprennent avec une facilité, une rapidité incroyables, et il serait très possible, si on le voulait bien, d'en mettre, chaque année, un certain nombre en état de subir victorieusement les épreuves des concours et des examens.

On dit, je le sais, que l'Arabe retient tout ce qu'on

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lui enseigne jusqu'à l'âge de treize ou quatorze ans, mais qu'à cet âge son intelligence semble s'endormir, et qu'il ne peut plus dépasser le niveau rapidement conquis. On attribue ce phénomène à une cause commune à tous les pays d'Orient : les écarts de mœurs qui signalent l'âge de la puberté, la vie de harem. Je ne nie pas, loin de là, que dans l'éducation arabe il y aurait des déboires et des pertes; mais, cependant, on a des exemples, de jour en jour plus nombreux, qui prouvent que l'Arabe n'est point si réfractaire à notre mouvement intellectuel . Il y a, à Alger, des médecins indigènes qui ont leur diplôme de docteur de nos grandes Facultés. Or, un peuple qui fournit des médecins peut fournir des ingénieurs, des jurisconsultes, des administrateurs ; car, de toutes les branches du savoir humain, la médecine est certainement celle dont l'étude entraîne le plus grand effort intellectuel. Ce n'est donc pas une utopie que je poursuis, en insistant sur un système qui, s'il était adopté et poursuivi avec persévérance malgré les accidents passagers, produirait un grand effet sur la population de l'Algérie et nous vaudrait plus qu'un demi-siècle de guerre.

Après ces quelques considérations, trop rapides et trop superficielles, sur l'Arabe dans sa vie civile, j'aborde un autre ordre d'idées, en examinant sommairement l'Arabe dans son rôle militaire, et là, les réflexions que le lecteur a eu la patience de lire deviendront plus pressantes, tout en restant les mêmes.

Ce qui m'a toujours porté à aimer l'Arabe, ce qui fait qu'aujourd'hui la vue d'un burnous blanc m'attire, m'attendrit presque, la raison pour laquelle j'ai toujours protesté contre l'anathème jeté à la race arabe par le capitaine Richard et reproduit plus haut, c'est que l'Arabe est, avant tout, un soldat incomparable. A la guerre, le mépris de la mort qu'il puise dans sa foi religieuse lui donne une bravoure sans limites. Avec cela

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