‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 187 sur 211 · INCOMPARABLES SOLDATS · texte numérisé non relu

INCOMPARABLES SOLDATS

il est obéissant, discipliné, il reste sobre tant que les fréquentations malsaines ne lui font pas oublier les préceptes du Coran. Enfin, il est fidèle, attaché, dévoué, reconnaissant pour les chefs qui lui témoignent de l'intérêt et de l'affection, et je ne connais pas de commandement plus agréable, pour un officier, que celui d'une troupe indigène. Dans les crises qu'a traversées l'Algérie, on a eu certainement à signaler des cas individuels de désertion parmi nos soldats arabes. Mais on en a relevé, malheureusement aussi, parmi les soldats français, et il n'y a pas eu d'exemple d'une troupe, d'un corps constitué, arabe, faisant défection. Nos troupes indigènes nous ont toujours servi fidèlement, même quand elles avaient à combattre des insurrections dont, au fond du cœur, elles pouvaient, elles devaient désirer le succès, et ce lien mystérieux qui les retenait sous nos drapeaux s'appelle : le sentiment du devoir militaire. L'Arabe est fait pour porter les armes, et c'est bien notre faute si nous n'avons pas su mieux utiliser les précieuses ressources qu'il peut fournir à notre puissance militaire.

Dans les pages de ce chapitre, qui contient des vues générales plutôt que des faits particuliers, et dans lequel j'expose, pour ainsi parler, le résidu d'une expérience que je n'avais certes pas acquise à l'instant de ma vie auquel je le rattache, je ne puis respecter, on le conçoit, les dates successives, et je suis amené à parler immédiatement d'un incident qui marqua plus tard ma carrière, et qui eut sur elle une heureuse influence.

Lorsque le général Randon fut appelé au ministère de la guerre, avant le coup d'État, il s'occupa, avec un intérêt tout particulier, de toutes les questions qui concernaient l'Algérie, où il songeait à revenir bientôt comme gouverneur général. Il étudia tout d'abord, non pas la constitution d'une armée indigène, mais l'organisation des forces indigènes, et, en ce qui concerne la

cavalerie, il demanda à l'inspecteur général, qui, en ce moment, était encore le général Yusuf, un rapport détaillé sur les progrès que pourraient faire les trois régiments de spahis. Yusuf fit appel aux lumières de nos trois colonels et leur envoya un questionnaire, embrassant toutes les parties du travail réclamé par le ministre. Le colonel Laûer était peu ferré sur toutes ces questions-là, qui l'intéressaient médiocrement. Il se contenta de transmettre à ses capitaines-commandants le questionnaire, et de les prier d'y répondre. Cette besogne me plut infiniment, et j'y consacrai tout le temps libre que me laissaient mes fonctions. Je me croyais dans mon élément. Depuis onze ans que j'appartenais à l'armée, je n'avais jamais quitté les spahis. J'y avais débuté comme simple soldat et j'y avais toujours servi dans des conditions qui me permettaient, je le crois du moins, de les bien connaître. J'accumulai donc les détails, les faits et les arguments autour d'une thèse dont les lignes générales sont applicables à toute la vie militaire arabe, aussi bien aux troupes à pied qu'aux troupes à cheval.

Voici ces grandes lignes :

La cavalerie indigène peut et doit être appelée à jouer un double rôle : un rôle guerrier et un rôle pacifique. En temps de guerre, elle doit fournir à la défense de la patrie la perpicacitéet la fougue de ses escadrons. En temps de paix, elle doit concourir à l'administration et au développement delà colonie. Par'conséquent, il convient avant tout d'apporter un soin extrême à son recrutement, pour en faire une troupe solide, de l'instruire, pour en faire une troupe intelligente, et de la répartir au mieux des intérêts algériens.

Quand on organisa pour la première fois les spahis, on rêva d'en faire une troupe en quelque sorte aristocratique, composée des cavaliers des grandes tentes, des jeunes gens aisés, et la première condition qu'on

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