ÉCOLES DE CADETS
aux habitudes du pays, blessent, sans le vouloir, ces cœurs fiers qui demandent à être traités avec ménagement.
Voilà pourquoi le recrutement des spahis, comme celui des tirailleurs, laissait et laisse encore à désirer. Voilà pourquoi on est forcé d'y admettre des Arabes qui se font soldats pour échapper à la misère, pour fuir le travail régulier, et auxquels on est réduit, non seulement à fournir des chevaux et des vêtements, mais encore à apprendre à monter à cheval.
Mais ces conditions défectueuses pouvaient être combattues. Ce qui constitue une troupe d'élite, c'est la bonne composition de ses cadres d'officiers et de sous-officiers. L'armée anglaise contient la lie de la population. Elle est peut-être la plus belle armée du monde, parce qu'elle a pour sous-officiers des gens de métier, et pour officiers, l'élite même de la nation. Au moment de la guerre d'Espagne, on vida, pour ainsi dire, les bagnes et les prisons dans les rangs de l'armée du duc de Wellington. Forçats et prisonniers trouvèrent là des cadres solides, qui les transformèrent en excellents soldats. Aussi, toutes les nations ont-elles, comme nous, des écoles spéeiales, uniquement consacrées à la formation des cadres.
Je pensais donc, et je pense encore, que ce qu'il faut demander aux classes élevées de la population arabe, ce n'est pas des soldats : c'est des cadres ; c'est des officiers. Et, partant de ce principe que toute la force d'une troupe réside dans son cadre, que le grand mérite de l'organisation de l'armée allemande, par exemple, consiste à avoir donné pour cadres, à l'armée, les cadres sociaux de la nation, j'aurais voulu qu'on tirât le meilleur parti possible de la situation sociale du peuple arabe, et je disais : L'Arabe est un peuple aristocratique. Dans les peuples aristocratiques, c'est le privi-
l'armée ; pourquoi ne pas accorder ce privilège à la noblesse arabe? On aurait pu me répondre, je le sais, que les jeunes Arabes n'ont qu'à aller à Saint-Cyr, à Polytechnique ou à Saumur. Ce serait, en effet, l'idéal, et je voudrais voir tous les efforts de l'administration tendus vers ce résultat. Mais à ce moment-là, et peutêtre encore aujourd'hui, l'instruction n'était pas assez répandue parmi les indigènes pour qu'ils pussent affronter les examens d'entrée à ces écoles. D'ailleurs, l'instruction n'est pas la seule qualité que l'on doive rechercher chez l'officier. L'Histoire fourmille d'exemples qui prouvent qu'on y supplée, et nos écoles militaires, telles qu'elles existent actuellement, n'ont été créées que lorsque l'esprit démocratique s'est développé dans ce pays-ci. Auparavant, les officiers se recrutaient autrement, et ils ne faisaient pas encore trop mauvaise figure sur les champs de bataille. La noblesse envoyait ses fils à des écoles de « cadets », d'où sont sortis pas mal de soldats convenables, Napoléon Ier entre autres.
Pourquoi n'aurait-on pas créé et pourquoi ne créerait-on pas, même encore, à Alger, par exemple, une sorte d'école de cadets dans laquelle on attirerait les jeunes gens des bonnes familles du pays et dans laquelle ils recevraient, dans des conditions déterminées, une instruction et une éducation suffisantes pour en faire d'excellents officiers de cavalerie et d'infanterie, à leur sortie ? On leur épargnerait ainsi l'insurmontable dégoût des débuts du métier. On aurait ainsi des officiers indigènes vigoureux et braves, pourvus d'une instruction suffisante, qu'on garderait dans les régiments ou qu'on détacherait au commandement des tribus. J'ai montré tout à l'heure un simple maréchal des logis de mon escadron devenu le chef d'une puissante tribu. C'était un cas accidentel et exceptionnel. Pourquoi ne pas le généraliser, et pourquoi n'avoir pas