LE GÉNÉRAL D'HAUTPOUL
de cavalerie du premier Empire, d'Hautpoul, dont la belle manœuvre nous valut le succès du combat de Hof et que l'Empereur félicita publiquement devant l'armée. Aux compliments impériaux, le général fit cette noble réponse : « Sire, voilà des paroles qui m'obligent à me faire tuer à la première affaire. » Cette première affaire ne se fit pas attendre. Ce fut Eylau. D'Hautpoul y conduisit, avec Murât et Lepic, la charge légendaire dans laquelle notre cavalerie écrasa du sabot de ses chevaux le centre de l'armée russe, et ramena sous nos drapeaux la victoire, un instant incertaine. D'Hautpoul y tint la parole qu'il avait donnée, deux jours auparavant à l'Empereur, et s'y fit tuer glorieusement.
Le nouveau gouverneur de l'Algérie ne devait d'ailleurs rester que six mois à son poste. A ce moment-là, les trois provinces algériennes étaient commandées par de simples généraux de brigade : Alger, par le général Camou, qui résidait à Blidah; Oran, parle général Pélissier, et Constantine par le général de Saint-Arnaud. Le général Pélissier était le plus vieux des trois en grade, et en cette qualité, il exerçait par intérim les fonctions de gouverneur général, pendant les absences du titulaire.
Ce fut encore en ce même printemps de 1851 que mon camarade, le commandant Fleury, officier d'ordonnance du Prince-président, fit en Algérie un voyage qui devait avoir une influence considérable sur les destinées de notre pays. J'allai plusieurs fois le voir, à Alger. J'ignorais, comme tout le monde, ce qu'il venait chercher au milieu de nous ; car il était peu admissible qu'il fît uniquement un voyage de plaisir. Il m'avait trop vertement rabroué, à Paris, pour que j'osasse remettre la conversation sur les projets qu'on prêtait à son président, et pour que j'osasse lui demander si le Prince nourrissait toujours, à l'égard des institutions républicaines, cette tendresse profonde dont la maison
de la rue Montaigne avait entendu l'aveu. Mais il était visible pour tous, et malgré ses allures diplomatiques, que Fleury était chargé du poids d'un grand secret.
Dans un des voyages que je fis à Alger pour le revoir, le hasard me mit pour la première fois en contact avec un homme qui devait fixer plus tard mon affection, mon admiration et mon dévouement respectueux. J'avais pris de grand matin la première diligence retournant à Blidah, et je n'avais trouvé de place que dans l'intérieur. En face de moi était assis un homme jeune, presqu'un jeune homme, de fort grande allure, mais d'aspect froid, réservé. Il était élégamment habillé en civil, mais la rosette d'officier de la Légion d'honneur qu'il portait à la boutonnière me fit penser que c'était un militaire. Et pour occuper les loisirs delà route, je me posai ce problème : « Quel grade peut-il bien avoir? Il ne peut pas encore être un officier supérieur, c'est sans doute un simple capitaine comme moi. Oui, mais alors il ne serait pas officier de la Légion d'honneur. » Quand la diligence eut franchi la banlieue d'Alger, mon compagnon de route entama lui-même la conversation, en me demandant si je connaissais le pays que nous traversions. Je lui répondis qu'étant chef du bureau arabe de Blidah, j'étais en mesure de lui fournir tous les renseignements qu'il désirerait. Il me fit plusieurs questions, de l'air d'un homme qui veut raviver et préciser des souvenirs déjà anciens. Nous arrivâmes à Blidah en causant. Je ne lui demandai pas son nom, par discrétion, et je rentrai chez moi en me creusant toujours la tête pour deviner quelle position pouvait bien occuper cet homme si distingué, si aimable, dont la parole avait, néanmoins, une autorité qui ne prêtait pas à la familiarité. Il m'en avait imposé, et je l'avais quitté avec une déférence involontaire.
Dans la journée, je dus aller faire signer des papiers au quartier général et, dans la cour de l'hôtel de la