‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 196 sur 211 · SUISSE AFRICAINE · texte numérisé non relu

SUISSE AFRICAINE

terie de montagne et un escadron du Ier de chasseurs d'Afrique, pour se porter sur le théâtre des événements. J 'obtins , à force d'instances, l'autorisation d'aller, avec la seconde portion de mon escadron, rejoindre la première, déjà engagée, et je passai ainsi momentanément sous les ordres du général Cuny. On espérait, à Alger, que cette démonstration militaire pourrait être pacifique. Mais les Kabyles, jugeant leur indépendance menacée, étaient bien décidés à ne pas la perdre sans avoir fait parler la poudre. L'arrivée soudaine de la colonne française précipita la crise, et lorsque le général Cuny ébranla ses troupes pour les porter en avant, il trouva devant lui toutes les populations en armes, prêtes à lui disputer le passage. Devant cette attitude franchement hostile, nous ne pouvions plus hésiter. La prudence ellemême ordonnait d'attaquer sans retard, avant l'arrivée des nombreux contingents kabyles qui allaient certainement accourir à la rescousse.

C'était le 17 octobre 1851 .

Nous nous trouvions dans une contrée comparable, jusqu'à un certain point, à des portions de la Suisse; des pentes de montagnes semées çà et là de points culminants, séparés les uns des autres par des vallées, ou plutôt par des ravins boisés, abrupts, inextricables. Les Kabyles, comme de juste, étaient postés sur toutes les crêtes. Le général lança contre eux ses fantassins, vivement conduits par le colonel Carondelet. Ils abordèrent les crêtes et en délogèrent l'ennemi, après un engagement court mais meurtrier. Les Kabyles, se reconnaissant hors d'état de lutter, ne songèrent plus qu'à se mettre en sûreté et à s'échapper par les ravins dans lesquels nous les avions culbutés. Pour leur malheur, un grand nombre d'entre eux battirent en retraite par une vallée un peu moins étroite que les autres et accessible à la cavalerie. Le capitaine de Staël de Holstein, qui commandait les chasseurs d'Afrique, et moi,

nous saisîmes l'occasion propice, et nous lançâmes nos deux escadrons à fond de train sur ces fuyards. Il est tout à fait remarquable que les Kabyles, si tenaces et si courageux pour défendre leurs montagnes contre l'infanterie, une fois qu'ils sont en plaine et abordés résolument par la cavalerie, semblent frappés de terreur et incapables de se défendre. Nous leur tuâmes, ce jour-là, beaucoup de monde, sans éprouver nous-mêmes de pertes sérieuses.

Nous venions de remporter un incontestable succès. Mais la journée avait été pour le général Pélissier, qui faisait l'intérim du gouverneur, une véritable révélation. Elle lui avait appris qu'il ne s'agissait pas de quelques troubles locaux à réprimer, comme il le pensait, mais que nous nous trouvions en face d'une belle et bonne insurrection qui pouvait, si nous éprouvions le moindre échec, prendre une gravité exceptionnelle. Il résolut de venir diriger lui-même les opérations. C'était la tribu des Matkas qui avait pris la tête du mouvement, car le fort de Tizi-Ouzou était construit sur son territoire. Ce fut elle que le général Pélissier résolut d'accabler, pour commencer. Il donna l'ordre au général Cuny de suspendre tout mouvement offensif, en attendant sa prochaine arrivée, et de concentrer les troupes autour du fort.

Dans notre charge du 17 octobre, j'avais eu quelques blessés, et entre autres un brigadier indigène nommé Messaoud-ben-Saïd, un très joli petit soldat qui avait eu la cheville broyée par deux balles. L'affaire terminée, mon premier soin avait été de le faire transporter à l'ambulance et de l'y accompagner, pour le recommander à toute la sollicitude du chirurgien en chef de la colonne, le docteur Lachronique, que je devais retrouver, bien des années après, médecin en chef de l'hôpital Saint-Martin. Le docteur, dès qu'il fut libre, examina la blessure avec la plus grande attention et déclara

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