RÉPRESSION IMPITOYABLE
lants à coups de canon pour commencer, à coups de fusil pour continuer, et, pour finir, les mit en pleine déroute en les faisant charger par toute sa cavalerie, commandée par le colonel Cassaignolles, du ierde chasseurs d'Afrique, mon ancien capitaine aux spahis d'Oran.
Le lendemain, maître de la situation, il envoya audevant de nous cinq bataillons sans sacs, qui occupèrent toutes les positions culminantes et protégèrent notre marche ascensionnelle. Nous n'arrivâmes, néanmoins, que fort tard au bivouac du Khamis des Matkas, et les difficultés de toute sorte que nous eûmes à surmonter nous apprirent quels dangers nous aurions courus la veille, si nous avions trouvé l'ennemi sur notre route.
Le jour suivant, le commandant en chef évacua sur le fort de Tizi-Ouzou ses blessés, et les hommes que les intempéries avaient déjà rendus malades. La cavalerie les escorta, et ramena un grand convoi de vivres et de munitions. Puis, les deux colonnes, fondues en une seule, débarrassée de tous les impedimenta, sévirent avec la dernière énergie contre les malheureux Matkas, brûlant leur village, coupant les figuiers et les oliviers, qui forment le plus clair de leurs biens, les attaquant ainsi dans leurs intérêts vitaux.
J'ai entendu bien souvent blâmer cette manière de faire la guerre. Elle est barbare, disait-on, indigne d'un peuple civilisé, qui doit respecter les propriétés privées, l'existence et la fortune des non-belligérants. Fondée en théorie, quand il s'agit d'un peuple dont la population en masse reste étrangère à la guerre que soutiennent ses armées, cette critique est injuste et inapplicable dans le cas particulier qui nous occupe. Les opérations militaires ont pour but de désorganiser les forces de l'ennemi, afin de faire tomber sa résistance. Alors, tout ce qui est en dehors de l'armée et de ses dépendances ; places fortes, arsenaux, magasins, doit
être protégé par le droit international. C'est ainsi que les villes ouvertes, lorsqu'elles ne font pas acte d'hostilité, les hôpitaux, les ambulances, les services et le personnel, couverts par la convention de Genève, en un mot tout ce qui n'est pas belligérant, doivent être soustraits aux horreurs de la guerre. Mais, quand la nation tout entière est en armes, quand tout lui est bon pour résister, quand tout homme est un soldat, quand toute maison est un centre de résistance ou d'approvisionnement, c'est la nation tout entière qu'il faut réduire. C'est ce qui se passa en Espagne pendant le premier Empire. C'est ce qui se passa en Vendée, en Bretagne, en Normandie, pendant les grandes guerres civiles de la Révolution, et nous n'avons fait qu'appliquer à l'Algérie des procédés terribles, c'est vrai, mais usités jadis et rendus nécessaires par les circonstances.
Quoi qu'il en soit, les moyens employés par le général Pélissier ne tardèrent pas à produire les effets attendus. Battus dans toutes les rencontres, où ils perdaient leurs meilleurs guerriers, voyant leurs villages en flammes et leurs vergers détruits, les Matkas comprirent que la lutte était impossible. L'honneur était sauf, car la résistance avait été énergique. Ils réunirent la grande assemblée de la tribu, la Djemaâ, comme ils l'appellent, sorte de parlement démocratique, qui décida d'entrer en pourparlers avec les Français et, pour donner un gage de ses bonnes intentions, convint de renvoyer préalablement le faux prophète, cause de tout le malheur. De son côté, le général Pélissier était désireux d'en finir. Le mauvais temps et la pluie, qui semblaient s'attacher aux pas de ses troupes, lui avaient infligé plus de pertes que le feu de l'ennemi. Les hommes étaient exténués. Les résultats obtenus étaient considérables et avaient produit déjà un effet moral profond sur toute la Kabylie. Il résolut de s'en