‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 3 sur 211 · A'J COLLEGE ROLLIN · texte numérisé non relu

A'J COLLEGE ROLLIN

étaient superbes, avec leur habit écarlate et leur pantalon gros bleu. On ne pouvait voir une meilleure troupe : mais les troupes nationales ne pouvaient les supporter à cause des avantages qui leur étaient accordés. Il éclatait presque tous les jours des rixes qui dégénéraient en bagarres sanglantes.

Il y avait encore à Versailles une institution dont je rêvais : la brillante École des pages. On n'y entrait que sur la désignation réelle ou fictive du Roi. Elle a disparu avec le régime qui l'avait créée, mais l'armée n'a rien gagné à cette suppression.

Les officiers qui sortaient des pages, comme on disait, arrivaient dans les régiments, imbus d'une forte éducation militaire et de sentiments très élevés, qui valent quelquefois mieux, pour l'ascendant moral, qu'une éducation scientifique, même très développée.

Mon père fut notre premier professeur, à mon frère et à moi. Les partisans actuels de l'éducation athlétique auraient été contents de sa méthode.. Il était aux armes d'une force extraordinaire et redoutable. Il défiait les maîtres d'armes, et se couvrait avec la coquille de son épée contre cinq assaillants. Les exploits des Mousquetaires de Dumas étaient pour lui jeux d'enfants. Aussi à peine au sortir du maillot, nous inspirait-il à tous deux une confiance illimitée. Quand il voulut nous apprendre à nager, il nous jeta à l'eau et s'y jeta après nous pour nous repêcher. Nous piquâmes notre tête sans hésiter. Nous l'aurions suivi dans le feu. En fait de littérature, son auteur préféré était le rédacteur anonyme de la théorie. De sorte qu'à l'âge où les bambins apprennent, pour la fête des parents, une fable de La Fontaine, nous récitions imperturbablement, debout dans un coin, l'école du cavalier à pied, ou la position de la main de bride. Quant à notre équipement, il avait abandonné à ma mère le vêtement, mais il s'était expressément réservé la coiffure. Aussi étions-nous

généralement surmontés de couvre-chefs ïnvraisembrables. A huit ans, mon frère portait des chapeaux hauts de forme qui lui donnaient l'apparence d'un nain, et moi je faisais la joie de mes compagnons de jeux avec une casquette qui aurait pu servir indifféremment à un conducteur de diligence ou à un chevau-léger bavarois.

A la rentrée des classes de 1829, on nous mit, mon frère et moi, au collège Rollin, situé alors rue des Postes, et qui venait de passer des mains du célèbre abbé Nicole dans celles de M. Defauconpret, le traducteur bien connu des romans de Walter Scott. D'ailleurs, le collège portait encore le nom de Sainte- Barbe. Trois ans plus tard, en 1832, à la suite d'un procès qu'il perdit contre la pension de ce nom, il prit l'étiquette sous laquelle il est connu aujourd'hui. Il se divisait en grand, moyen et petit collèges. On y était admirablement soigné. Les élèves ne couchaient pas au dortoir. Chacun avait sa chambre. Par une faveur spéciale, on me mit avec mon frère, qui n'appartenait pas à la même division que moi.

Le collège était très bien composé et plusieurs de mes condisciples ont joué un certain rôle ici-bas.

Outre Désiré Nisard, qui sortait de Rollin comme j'y entrais, j'y ai connu : Agénor de Guiche et son frère, Auguste de Gramont; l'un devait être ministre des affaires étrangères et l'autre général de division; Fleury, le futur grand écuyer; les de Maillé, les Larochefoucauld-Liancourt, les Perregaux, les Missiéssy, mon ami de Talhouet, les deux fils du duc de Vicence. J'ai vu plus d'une fois le maréchal de Macdonald, alors souffrant de la goutte, venir visiter son fils.

Les études à Rollin n'étaient pas extrêmement fortes, quoique nous fussions peu nombreux dans les classes, et quoique nous eussions de très bons professeurs. Je me souviens encore de la plupart d'entre eux. En 1873,

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