‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 41 sur 211 · ATTAQUE · texte numérisé non relu

ATTAQUE

par lui-même, l'avant- veille , que Mazagran pouvait tenir plusieurs jours, il se borna à une démonstration, qui avait pour but de faire une diversion et d'attirer les Arabes sous le canon de la place.

Nous étions en relation avec le poste attaqué, le jour, par des drapeaux, et la nuit, par des fusées. La journée du 4 fut la répétition de celle du 3. On tirailla du matin au soir. Le feu de l'ennemi ne se ralentissait pas ; mais Mazagran signalait de son côté que sa situation n'empirait pas. Dans la sortie qu'il fit ce jour-là, mon père s'aperçut que, comme au 13 décembre, l'ennemi manœuvrait pour l'attirer loin de la place, afin de l'envelopper par des forces écrasantes. Il résolut de lui infliger une leçon. Dans la nuit, il fit organiser par le capitaine Palais, commandant l'artillerie de la place; ce qu'on pourrait appeler une batterie de fortune, composée de six pièces de calibre différent, servies par des canonniers gardes-côtes. On y attela, avec des traits de corde, des chevaux de cavalerie. Cette artillerie n'aurait pas pu manœuvrer en rase campagne ; mais mon père ne lui demandait que de frapper un coup vigoureux, et de se retirer ensuite. Pendant cette nuit, les fusées de Mazagran nous apprirent que la petite place était vigoureusement attaquée. Mais à l'aube, son drapeau flottant fièrement au vent nous révéla qu'elle tenait toujours bon.

Toute la garnison de Mostaganem devait sortir, excepté les malades ; mais mon père tenait à ramener une troupe en assez bon état pour pouvoir recommencer le lendemain, si besoin était. Pendant la matinée, il ne montra à l'ennemi que quelques pelotons, tiraillant timidement, à l'abri des deux pièces à longue portée du fort de Bab-el-Djerad. Mais à trois heures de l'aprèsmidi, il porta rapidement en avant le bataillon du 15e léger, précédé d'une ligne de tirailleurs formée par les spahis et les chasseurs d'Afrique. On nous avait

démontés pour donner nos chevaux à l'artillerie, et parce que cinquante cavaliers n'avaient rien à faire en face de masses ennemies. Quand les Arabes, accourus audevant de cette petite troupe , parurent à bonne portée , le bataillon, s'efïaçant, démasqua les six pièces mises en batterie, dont la mitraille produisit un effet considérable. Puis, au lieu de prendre du champ à la poursuite des fuyards, qui auraient voulu l'attirer derrière eux pour dessiner un mouvement tournant, mon père fit rentrer rapidement son artillerie, posta son infanterie sur la route inférieure, à l'abri du cimetière juif, et attendit le retour offensif de l'ennemi. Quand il se produisit, il fut accueilli par les salves du bataillon et par celles des disciplinaires, postés à bonne portée, dans leur nouvelle redoute.

A la nuit, nous nous repliâmes lentement. Les Arabes nous serraient de si près que la compagnie d'élite du bataillon dut garnir la banquette d'enceinte et marier, à travers les meurtrières, sa mousqueterie au feu des pièces de Bab-el-Djerad, qui tiraient à outrance. Ce fut le dernier effort des Arabes. Nous ne savions pas si nous devions nous féliciter de la journée. Nous avions certainement infligé des pertes considérables à l'ennemi; mais, jusqu'à la fin, il s'était montré très audacieux et nous avait mis hors de combat une cinquantaine d'hommes, dont dix-sept tués, ce qui était beaucoup pour notre effectif restreint.

Après la nuit, entrecoupée de quelques alertes causées par les coups de feu des Arabes, embusqués dans les masures des faubourgs et tirant sur les sentinelles, nous courûmes bien vite examiner à la longue-vue ce qui se passait à Mazagran. Le drapeau flottait toujours au-dessus du fort, et rien ne semblait bouger dans la campagne. Ce fut pour nous un soulagement immense; car, à toute minute, nous redoutions une catastrophe. Quelques cavaliers auxiliaires, bien choisis et envoyés

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