ÉPILOGUE INATTENDU
compagnie du bataillon d'Afrique, à Mazagran, par une compagnie d'infanterie, et tout rentra dans l'ordre. Mais n'est-il pas curieux de voir les mêmes hommes, qui venaient de soulever l'admiration générale par leur belle conduite, se livrer ainsi à des désordres qui faisaient à notre cause commune plus de mal que leur courage ne lui avait fait de bien? Et n'est-ce pas le cas de réfléchir à cette parole de Napoléon, disant que la discipline est la première vertu du soldat et que le courage ne vient qu'en seconde ligne? Il convient, d'ailleurs, de faire remarquer, à l'honneur de l'armée, que les bataillons d'Afrique sont des corps de punition dont les cadres sont formés de sujets d'élite, mais dont les hommes, sortant tous de prison, ont le sens moral singulièrement perverti.
La joie légitime que devait causer à mon père le succès de Mazagran fut, hélas ! mouillée de larmes. Dans le dernier combat, mon frère, qui n'avait pas voulu nous quitter et que je traînais, pour ainsi dire, suspendu après moi, dans la ligne des tirailleurs, car il ne tenait plus sur ses jambes, roula par terre, frappé d'une nouvelle syncope. On l'emporta mourant, et il ne se releva plus. Pourtant, avant d'expirer, il eut encore la force d'accomplir le dernier acte de ses fonctions de secrétaire, et il me dicta le rapport de la défense de Mazagran, avec tant de clarté et de précision, qu'il fut publié tel quel, par les documents officiels.