LE COL DE MOUZAIA
éloignait de nos drapeaux les bons et vrais cavaliers arabes, il envoyait partout des racoleurs et recevait à bras ouverts quiconque se présentait pour revêtir le burnous rouge. Mais, cependant, à Tem-Salmet, les spahis ne firent que ce qu'aurait fait toute autre cavalerie à leur place. Faire combattre les cavaliers à pied ; faire de l'infanterie avec sa cavalerie est une mesure qui présente de tels inconvénients qu'une nécessité suprême peut seule l'excuser. Quant au tir à cheval, il sera toujours incertain, inefficace, quelque précision qu'on suppose au fusil. Il n'y a pas de sophisme qui prévale contre ce fait : l'arme offensive du cavalier, c'est son cheval. Il ne puise sa force et sa puissance que dans ses qualités de choc et d'impulsion. L'arme défensive du cavalier, c'est encore son cheval. La cavalerie battue ne demande jamais son salut qu'aux jambes de ses chevaux. On ne parviendra jamais à lui faire disputer le terrain pied à pied, comme l'infanterie, et toujours elle songera à se soustraire le plus rapidement possible aux coups, pour aller se rallier et se reformer à l'abri.
Après l'affaire que je viens de raconter, et qui me fut rapportée par les camarades du régiment, car je n'y assistai pas, le théâtre des hostilités se transporta dans la province d'Alger, et la province d'Oran eut quelques mois de répit. Quand je dis la province d'Oran, il faut s'entendre; c'était Oran avec son port, Mers-el-Kébir, et sa banlieue comprise entre Misserghin, à l'ouest, et le figuier d'Arzew, au sud; c'était Mostaganem et son annexe : Mazagran. On peut presque dire que là, comme dans toute l'Algérie, nous ne possédions réellement que le terrain que couvraient les semelles de nos souliers ou le sabot de nos chevaux.
Les échecs subis depuis la reprise des hostilités, depuis l'expédition des « Portes de Fer », avaient enfin
ouvert les yeux. On avait compris qu'il fallait ou renoncer à l'Algérie, ou protéger coûte que coûte nos premiers et timides essais de colonisation. Des renforts étaient venus de France. On avait concentré dans la province d'Alger toutes les troupes qui n'étaient pas indispensables pour défendre des points occupés dans le reste de la colonie. Le Prince royal venait prendre lui-même le commandement de la première division d'infanterie, sous les ordres du maréchal Vallée, amenant avec lui, comme officier d'ordonnance, son jeune frère, le duc d'Aumale, nommé récemment chef de bataillon. L'objectif de la campagne était la prise de deux villes : Médéah et Milianah, situées dans le massif montagneux du petit Atlas, dont la conquête devait nous assurer la libre et tranquille possession de la Mitidja, alors très avidement et très justement convoitée par la colonisation. C'est ainsi que de proche en proche, et pour assurer la sécurité des territoires occupés, on fut amené à porter toujours plus loin la limite des pays conquis, et à compléter sans plan préconçu, par la force des choses, la conquête de l'Algérie.
Les troupes qui composaient l'armée s'étaient déjà couvertes de gloire , et les chefs qui les commandaient allaient devenir nos grandes illustrations militaires. Il y avait là, les zouaves commandés par Lamoricière, le 2e léger par Changarnier, le 17e léger par Bedeau. Le futur maréchal Pélissier, alors chef d'escadron, était chef d'état-major d'une des deux divisions d'infanterie. Le futur maréchal de Mac Mahon y servait comme capitaine d'état-major. Le futur maréchal Leboeuf était officier d'ordonnance du maréchal Vallée. Le futur maréchal de Saint-Arnaud commandait un bataillon de zouaves. Quatre beaux régiments de cavalerie formaient une division dont la première brigade, composée des Ier et 4e régiments de chasseurs d'Afrique, obéissait au général de Bourjolly, qui devait mourir général de divi-