GÉNÉRAUX D'AFRIQUE
sion, sénateur, etc., et la seconde, composée de deux régiments de marche, formés d'escadrons de hussards et de chasseurs venus de France, au général de Blanquefort qui devait survivre peu de temps aux fatigues de cette campagne.
Abd-el-Kader, de son côté, justifiait par des efforts de génie et d'activité la grandeur de ces efforts et se préparait à disputer vigoureusement le chemin des montagnes. Il avait compris qu'il ne serait réellement fort que lorsqu'il aurait une armée permanente et qu'il serait soustrait aux hasards des luttes, des rivalités, des exigences des contingents fournis par les tribus. Avec quelques-uns de nos déserteurs, avec des aventuriers attirés à prix d'or, il avait encadré les éléments les plus vigoureux, recrutés dans tout le pays arabe. Cette armée régulière avait son armement, ses magasins, ses uniformes et jusqu'à ses décorations. Mobile et obéissante, elle était son instrument de lutte contre l'envahisseur, instrument bien à lui, instrument de répression contre ses compatriotes révoltés. Bref, il avait réussi à imposer à l'Arabe indépendant un rudiment d'organisation civilisée qui fait le plus grand honneur à son génie.
Cette belle campagne de 1840 appartient à l'histoire de France. Elle a redit le fameux passage du col de la Mouzaïa, conquis très brillamment sous les yeux du Prince royal, la prise de Médéah, celle de Milianah.
Une fois ces villes prises, il fallait les garder; autrement, ces expéditions, où nous achetions la gloire avec du sang, n'auraient produit sur la terre d'Afrique que l'effet du sillage d'un navire sur l'Océan qui s'entr'ouvre devant lui, bouillonne un instant derrière lui et en efface aussitôt la trace. On y jeta donc des garnisons commandées par des officiers énergiques. A Médéah, c'était le colonel Duvivier, qui fut tué à Paris, pendant les journées de Juin, à la tête de la garde mobile. Ancien
io6 MES SOUVENIRS.
élève de l'École polytechnique, il avait quitté le génie pour l'infanterie, qui offrait plus de chances à ses ambitions. Il poussait peut-être le mysticisme jusqu'à la puérilité , et la conscience de son mérite jusqu'à la vanité; mais c'était un homme de haute valeur, une véritable âme de bronze. A Milianah, c'était le colonel d'Illens, qui devait plus tard trouver la mort en combattant dans l'Ouaransenis. Officier plein de ressources, qui faisait des prodiges d'industrie pour soustraire sa garnison à la disette et aux épidémies et qui, pourtant, lorsqu'on vint la relever, n'avait plus sous la main que juste ce qu'il lui fallait d'hommes valides pour monter la garde. C'est qu'une fois les colonnes conquérantes parties, le monde arabe se refermait sur ces garnisons qu'il bloquait et qu'il entourait d'un cercle infranchissable de fer et de haine. Il fallait alors organiser de nouvelles expéditions pour leur porter des ravitaillements, et relever leurs troupes épuisées.
Vétérans des champs de bataille de l'Europe, rompus aux manœuvres de la grande guerre, nos généraux se désespéraient, en face de ces opérations qui déroutaient leurs traditions, qui s'accomplissaient sous un ciel de feu, au milieu d'ennemis insaisissables, toujours invisibles et toujours présents, dans un pays sans ressources, sans abri pour les blessés et les éclopés, sans lignes de retraite, sans centres de ravitaillement, à travers lequel il fallait emporter avec soi jusqu'à l'eau des marmites, jusqu'au bois pour la faire bouillir, dans des convois immenses qui rendaient impossible. tout mouvement stratégique rapide. Le maréchal Vallée, officier du premier Empire, général d'artillerie de premier ordre, n'avait jamais exercé le commandement des troupes. Au moment où le coup de canon qui tua le général Damrémont le mit à la tête de l'armée d'Afrique, il était arrivé à un âge où l'on reste figé dans son passé et où l'on n'a plus assez de plasticité pour se