‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 51 sur 211 · RETOUR EN AFRIQUE · texte numérisé non relu

RETOUR EN AFRIQUE

malle-poste qui faisait le service de Marseille, où je devais arriver le lundi, pour prendre la diligence qui devait me mettre le même jour à Toulon, avant la fermeture des bureaux de la sous-intendance. C'était parfaitement combiné. Mais, le dimanche soir, en sortant de Montélimar, les chevaux s'emportent et la malle verse. J'étais son seul voyageur, et je n'eus rien. Seulement, le conducteur et moi, nous ne pouvions pas remettre la voiture sur ses roues. Nous perdîmes, à aller chercher des secours au diable, plusieurs heures que nous ne pûmes pas rattraper. De sorte que, quand nous arrivâmes à Marseille, la diligence de Toulon était partie. ïl fallut attendre le soir et n'arriver à Toulon que le mardi matin. Je cours chez le sousintendant; les bureaux étaient fermés. Je cours au port; on relevait l'escalier du bateau qui allait partir. Je me précipite pourtant et je me faufile parmi les passagers, sans qu'on fasse attention à moi, au milieu de la manœuvre. Quand le second s'aperçut de ma présence, nous étions déjà loin ; il aurait fallu me jeter à la mer, et l'on me garda.

Nous arrivâmes à Alger, le jeudi matin. Il partait le soir même un courrier pour Oran. Courir à l'état-major pour obtenir la faveur d'en profiter, être renvoyé à la sous-intendance chargée des transports, être repoussé avec perte par le sous-intendant, qui avait terminé ses états d'embarquement et qui me remettait à huitaine, en m'offrant la subsistance au Ier chasseurs d'Afrique, tel fut l'emploi de ma journée, en y comprenant de nombreuses malédictions contre l'administration. Je résolus de me passer du sous-intendant, comme à Toulon, et je m'en allai tranquillement avec un canot sur le bateau d'Oran. J'avais mal pris mon temps. Les militaires de ma qualité ne sont reçus qu'en troupeau à bord des bateaux, et le second, me voyant tout seul, m'invita à aller rejoindre les autres. C'était précisément la diffi-

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culte, car je n'avais pas de place parmi les autres. Je redescendis dans mon canot et je me mis à croiser patiemment dans le port, guettant l'arrivée du premier chaland qui amènerait des camarades, pour me faufiler parmi eux, s'il était possible. Mon étoile voulut que ce premier convoi arrivât sous la conduite d'un maréchal des logis de gendarmerie nommé Dron, que j'avais connu à la brigade de Mostaganem.

— Eh! comment ça va? Ce cher ami! Enchanté de vous voir !

Et je sautai immédiatement dans son bateau. Quand il monta, le premier, à bord de l'aviso, je le suivis en lui parlant tout le temps, pendant qu'il comptait, à la coupée-, un à un, les hommes confiés à sa garde. Mais quand il descendit dans son chaland, je ne le suivis pas. Je croyais aller à Oran directement. Notre bateau s'arrêta à Mostaganem. Je débarquai incognito sans tambour ni trompette, et véritablement je jouais de bonheur; les spahis étaient là, dans la colonne expéditionnaire commandée par le général Bugeaud, le nouveau gouverneur général, ayant sous ses ordres le général de Lamoricière et le général Bedeau. Le général Bugeaud avait voulu conduire un grand convoi de ravitaillement à Mascara, où il comptait transporter sa nouvelle base d'opération; mais, apprenant qu'Abd-el-Kader occupait en force les passages d'Ackbet-Khedda et Aïn-Kebira, il avait jugé à propos de se débarrasser de ses impedimenta, quitte à les réexpédier plus tard sur Mascara, lorsqu'il aurait auparavant infligé à l'ennemi une leçon et rendu la route libre.

C'est ainsi que je retrouvai avec une joie profonde ma place dans mon cher escadron.

Que de choses s'étaient passées pendant ces quelques mois d'absence ! Et avec quelle avidité j'en écoutai le pittoresque récit fait par ceux-là mêmes qui y avaient

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