EN ROUTE
des braves. On me permettra de faire défiler devant le lecteur quelques-uns de ces types de soldats qui s'enfonçaient dans le Sud.
L'aide de camp du général de Lamoricière était le capitaine Patras d'Illiers, qu'une mort prématurée atteignit dans le grade de chef d'escadron. Son officier d'ordonnance était le lieutenant d'artillerie de Bentzmann, mort général de division pendant le siège de Paris, et qui venait de remplacer le capitaine Bosquet, le futur maréchal de France. Le chef d'état-major était, je l'ai déjà dit, le lieutenant-colonel Pélissier, entré au service en 18 15, ayant fait la campagne de Morée avec le maréchal Maison, et passé de là au corps expéditionnaire d'Afrique, où il avait été nommé chef d'escadron, à la prise d'Alger. Il était, en outre, chevalier de Saint-Louis. Il avait sous ses ordres le capitaine de Martimprey, le devoir et le dévouement faits homme, mort général de division, grand-croix de la Légion d'honneur, gouverneur des Invalides; le capitaine Denis de Senneville, tué à Turbigo, où il était colonel chef d'état-major du maréchal Canrobert; le capitaine Jarras, mort général de division, après avoir été chef d'état-major de l'armée du Rhin et avoir écrit un ouvrage magistral sur le siège de Metz; trois jeunes lieutenants : le lieutenant Cassaigne, un des hommes les plus complets, les plus admirables que j'aie rencontrés; il resta jusqu'à la fin l'aide de camp et l'ami de Pélissier, dont il savait modérer le caractère violent. Sous les murs de Sébastopol, devenu colonel, il fut emporté par un boulet aux côtés de son chef, dont la mort seule pouvait le séparer. Le lieutenant Trochu, un officier si séduisant et si brillant que, plus tard , le général de Lamoricière et le maréchal Bugeaud devaient se le disputer comme aide de camp. Pour l'avoir, le gouverneur général devait aller jusqu'à forcer les ministres de délibérer en conseil, pour le nommer extraordinairement chef d'escadron, après trois ans et demi
de grade de capitaine. Et enfin, le lieutenant Ranson, destiné à remplacer Cassaigne auprès du général Pélissier, et mort général de division, après avoir commandé le i6* corps d'armée. Tous ces hommes auraient pu s'appeler : la jeunesse, l'énergie, l'intelligence, l'activité et la bonne humeur.
Quant aux commandants de troupe, tout d'abord il faut faire une place à part au lieutenant-colonel Renault, « Renault de l'arrière-garde », comme l'appelaient les soldats. Il commandait deux magnifiques bataillons d'élite, composés de grenadiers et de voltigeurs. Il était maigre, décharné, pâle. On le voyait arriver, le soir, au bivouac, le dernier, épuisé, sans voix, ayant éreinté trois ou quatre chevaux à courir partout où il y avait du danger, partout où il y avait un combat.
Dans les guerres d'Afrique, l'endroit le plus périlleux a toujours été l'arrière-garde. Les Arabes résistaient rarement de front à une tête de colonne, rendue irrésistible par l'accumulation des forces qui serraient de l'arrière sur elle. Ils s'attachaient à l'arrière-garde, obligeant la colonne, soit à s'arrêter pour retourner en arrière et se fatiguer inutilement, soit à s'allonger indéfiniment, en laissant ses dernières troupes sans protection suffisante. Cette tactique, d'ailleurs intelligente, nous exténuait. Mais alors Renault triomphait. On le voyait partout à la fois, courant aux derniers tirailleurs pour les soutenir, courant à cette compagnie pour la former contre une attaque dont elle était menacée et dont elle ne s'apercevait pas, courant à cette autre pour la ramener au secours des tirailleurs compromis. Il avait l'instinct de la guerre, qu'il faisait depuis longtemps, d'ailleurs, puisqu'il combattait déjà en Espagne, avec les Christinos contre les Carlistes, dans cette admirable légion étrangère qui fut commandée d'abord par le colonel Conrad, et puis par le colonel Bernelle. Un jour, là, commandant la compagnie d'avant-garde des