‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 85 sur 211 · SAINT-ARNAUD · texte numérisé non relu

SAINT-ARNAUD

1er les Russes, pour vaincre les difficultés qui, partout ailleurs, eussent été insurmontables.

Le colonel de Saint-Arnaud adorait la jeunesse. Il se plaisait avec elle. Il était indulgent pour ses erreurs et ses fautes, disant qu'elle les rachetait par d'inestimables qualités, tandis que la sagesse n'était le plus souvent que le triste privilège de l'âge, et le signe de sa grondeuse et maussade impuissance. Rien n'était plus touchant que de l'entendre admonester paternellement les jeunes officiers qui avaient fait des dettes : — Mon ami, disait-il, je reçois des réclamations contre vous. Arrangez donc vos affaires ! Que je n'en entende plus parler !

— Mon colonel, je ne demande pas mieux; mais comment? Ma famille est fatiguée de toujours payer pour moi ; elle ne veut plus rien m'avancer.

— Alors prenez d'autres dispositions.

— Et lesquelles, mon colonel?

— Abandonnez à vos créanciers le cinquième de vos appointements. Vous serez en règle; ils n'auront plus rien à réclamer.

— Mais, mon colonel, ce n'est pas possible ; je n'ai déjà pas assez avec ma solde entière.

— Eh bien ! mon ami, vous continuerez à emprunter, et à vos nouveaux créanciers vous direz : J'ai abandonné mon cinquième; adressez-vous à mon cinquième; cela ne me regarde plus. Comme cela, je ne serai pas obligé de sévir contre vous.

Le baron Lambert, cet homme charmant et spirituel que tout le monde a connu à Paris, lieutenant des chasses à courre de l'Empereur, entendit plus d'une fois de pareilles exhortations. Lieutenant au 13e chasseurs à cheval, il avait été brusquement expédié en Afrique par les amis de sa famille, pour l'engager à réfléchir sur les inconvénients pécuniaires d'une vie trop dissipée. On lui avait donné à commander un esca-

dron des moukalias du bey Ibrahim, d'où il était passe aux spahis. Aux moukalias, il avait rencontré un camarade de fête, le comte Tristan de Rovigo, autre figure très originale dont je parlerai bientôt, et il avait eu des aventures inénarrables avec son escadron, uniquement composé de gens dont il ne connaissait ni la langue, ni les mœurs, ni la manière de combattre.

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