LA SMALA
Un prisonnier indiscret. — Deuil. — La colonne du duc d'Aumale. — Exécution. — Jobard III. — La Smala! la Smala! — En éclaireurs. — Charge à fond. — Décoré! — Mort de Mustapha- Ben-Ismaïl. — Récompenses. — Le trompette Escoffier. — Le capitaine Cassaignolles. — Quatre généraux. — Un diplomate.
Après l'expédition de l'Ouaransenis, le duc d'Aumale alla prendre possession de son commandement de Médéah, qu'il exerça d'une façon tout à fait supérieure, aidé en cela, non seulement par une activité et une assiduité très méritoires chez un jeune homme de vingt et un ans, mais encore par sa haute situation de fils du Roi qui rendait ses relations plus faciles avec les Arabes, scrupuleusement respectueux de toutes les supériorités. Il se rendit bientôt compte de la nécessité d'occuper le poste de Boghar, qui devenait sa sentinelle avancée vers le sud. Boghar avait été, on le sait, le siège d'un des établissements militaires d'Abd-el- Kader, et, en 1841, le général Baraguey-d'Hilliers l'avait détruit de fond en comble. Le duc d'Aumale y mit le commandant Carbuccia, officier d'une activité physique et intellectuelle tout à fait exceptionnelle, et bientôt, sous son énergique impulsion, Boghar sortit de ses ruines. Mais, comme il arrivait toujours en
pareil cas, cette occupation permanente produisit, parmi les tribus voisines, une effervescence qui se manifesta par des actes de rébellion tels qu'il fallut châtier leurs auteurs. La tribu des Oulad-Antar, notamment, qui occupait les environs de Boghar, était en pleine insurrection. Le colonel Yusuf fut mis, avec trois escadrons de spahis, à la disposition du duc d'Aumale, et nous partîmes de Blidah, le 13 février 1843, pour aller rejoindre à Médéah la petite colonne que mobilisait le Prince. Des éboulements ayant rendu la route de la Chiffa impraticable, nous passâmes par la route du col de Mouzaïa. La pluie l'avait également mise en piteux état, et tout ce que Yusuf put faire fut de franchir le col. Il installa son bivouac sur le Plateau des Réguliers et m'envoya à Médéah, pour demander au duc d'Aumale s'il pouvait y passer la nuit. J'arrivai chez le Prince, couvert de boue des pieds à la tête. Il me reçut avec une cordialité exquise et me répondit qu'il avait tout le temps d'attendre, à cause du mauvais temps. Il me fit même servir un excellent dîner. La cavalerie arriva le lendemain matin. Une fois le temps remis au beau, on gagna Boghar, d'où nous rayonnâmes sur les Oulad-Antar. Cette expédition, d'ailleurs insignifiante, ne vaudrait pas la peine d'être mentionnée, si elle n'avait pas été marquée par un incident qui détermina un des plus célèbres faits de guerre des campagnes d'Afrique.
Un jour, à la suite d'une razzia importante, le colonel avisa, parmi les prisonniers, un vieillard qui semblait être l'objet d'une vénération profonde de la part de ses compagnons d'infortune. C'était, en effet, un marabout probablement chargé d'une mission secrète auprès de la tribu.
Yusuf était toujours très bien informé, parce qu'il interrogeait lui-même les prisonniers qui lui paraissaient les plus intelligents. Il fit causer le marabout et sut de lui qu'il était un homme de l'Ouest et qu'il connaissait