RECOMPENSES
le duc d'Aumale, fut fait lieutenant général, et ne tarda pas à rentrer en France. Le colonel Yusuf reçut la cravate de commandeur de la Légion d'honneur, et le lieutenant-colonel Morris fut nommé colonel du 2e de chasseurs d'Afrique. Il y remplaça le colonel Martin de Bourgon, qui lui-même succédait, à la tête du Ier de chasseurs d'Afrique, au colonel Korte, qui venait de recevoir les étoiles de maréchal de camp.
Le colonel de Bourgon, qui devait être tué dans les rues de Paris, aux journées de Juin, comme général de brigade, avait eu une carrière mouvementée, depuis son arrivée en Afrique. D'un caractère difficile, autoritaire et cassant, il s'était trouvé, comme lieutenantcolonel du Ier de chasseurs d'Afrique, avec le colonel Le Pays de Bourjolly de Sermaise, d'un caractère encore plus difficile, plus autoritaire et plus cassant que le sien. Ils étaient à couteaux tirés, quand le lieutenant-colonel de Bourgon fut nommé, en 1839, colonel et chargé de l'organisation du 4e de chasseurs d'Afrique, à Constantine. Il y retrouva, comme inspecteur, son ancien ennemi le maréchal de camp de Bourjolly, qui lui donna des notes tellement déplorables que le ministre de la guerre, le maréchal Soult, ordonna une contreinspection qui fut confiée au général marquis de Castelbajac. Celui-ci atténua les notes, mais conclut à la nécessité de rappeler en France le colonel, qui passa au 4e de chasseurs. Ne voulant pas rester sous le coup de cette disgrâce qui aurait compromis sa carrière, le colonel de Bourgon demanda à revenir en Afrique. On lui donna le 2e de chasseurs d'Afrique du colonel Marey- Monge, nommé maréchal de camp et appelé à recueillir à Médéah la succession très justement convoitée du duc d'Aumale. Là encore, il allait retrouver son inévitable ennemi, le général de Bourjolly, qui commandait à Mostaganem. Pour tout arranger et pour éviter un esclandre, on fit passer le colonel de Bourgon au Ier de
chasseurs d'Afrique, et le colonel Morris eut le 2e régiment de l'arme, qui était, quand il en vint prendre le commandement, en campagne, au sud de Mascara, du côté de Tiaret.
Abd-el-Kader luttait encore avec le courage du désespoir contre le général de Lamoricière. Deux fois, le colonel Géry avait surpris son camp, l'avait saccagé et avait pris jusqu'à sa tente. Toujours on croyait en avoir fini avec lui, et toujours il reparaissait avec de nouveaux contingents. Le 20 septembre 1843, le général de Lamoricière était à son camp de Sidi-Yousef, près de Tiaret, quand ses éclaireurs l'avertirent que l'Émir était à côté de lui. Le général fit monter à cheval le 2e de chasseurs d'Afrique, donnant pour instructions au colonel Morris d'attaquer et de poursuivre à outrance l'ennemi. Le colonel Morris partit à fond de train, convaincu qu'il allait apercevoir l'Émir, du sommet de la première colline qui se profilait dans le lointain. On franchit la colline sans rien apercevoir, puis une autre, puis une autre encore, à une allure de plus en plus rapide, de sorte que les chevaux étaient hors d'haleine et le régiment pour ainsi dire égrené, lorsque les Arabes donnèrent brusquement dans le flanc de cette colonne en désordre. Elle était perdue si le capitaine du 6* escadron, nommé Grattepain, très ménager de ses chevaux, n'était pas resté en arrière, maintenant ses hommes, rassemblés, aune allure des plus modérées. Il jeta dans la mêlée une troupe compacte et des chevaux frais, et sauva le régiment par une manœuvre qui paraissait, au premier abord, une faute.
Les Arabes battirent en retraite, mais en emmenant quelques chasseurs d'Afrique prisonniers, et parmi eux le trompette Escoffier, qui doit être considéré comme le héros de cette journée. Ce brave homme offrit ce jour-là sa vie pour sauver son chef, le capitaine de Cotte. Le cheval de cet officier venait d'être tué dans