LIBRE
de ramener à Paris les deux chevaux que j'avais conservés pendant tout mon séjour à Bonn, je pris, à neuf heures du matin, avec ma femme, le train pour Bruxelles, où nous arrivâmes vers six heures du soir.
Le lendemain matin nous partîmes de Bruxelles, sans bagages. Le chemin de fer ne les acceptait pas encore. Il avait neigé abondamment les jours précédents, et les trains marchaient lentement. Sur l'Oise, le pont du chemin de fer était coupé ; il fallut nous transborder, et nous n'arrivâmes à la gare du Nord qu'à dix heures du soir, après avoir mis treize heures pour faire un trajet qui, en temps ordinaire, n'en demande pas six. A la descente du train, personne, pas une voiture. Nous finîmes par découvrir, cependant, un cocher qui, après bien des supplications, consentit à nous conduire jusqu'à la gare du Havre, où j'espérais trouver un train pour Passy.
Hélas! qu'était devenu notre Paris d'antan, si joyeux, si étincelant, si vivant? Traversé ainsi, au milieu d'une nuit glaciale, il ressemblait à une ville morte. Un réverbère sur vingt à peine était allumé, rendant, pour ainsi dire, l'obscurité plus épaisse par sa lueur de veilleuse. A droite et à gauche, les embouchures des rues semblaient des entrées de caves. Quelques rares passants s'en allaient, rapides, tous coiffés d'un képi. C'était tout ce qu'ils avaient gardé du siège. La Capitale paraissait raconter ses malheurs à ceux qui y rentraient.
A la gare Saint-Lazare, le service était désorganisé. Le chemin de fer de Ceinture ne fonctionnait pas la nuit, et nous dûmes aller prendre gîte dans un hôtel des environs.