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LE GÉNÉRAL CHANZY

dans les garnisons de l'intérieur, et son chef fut nommé Grand Chancelier de la Légion d'honneur.

A la revue de Longchamps, j'appris la création de trois nouveaux corps d'armée. Le 6e, à Tours, eut pour commandant le général Chanzy. Le général Chanzy était la plus grande personnalité militaire que la guerre de province eût fait surgir. Doué d'un esprit fin, avisé, souple, servi par un jugement sain, il avait acquis, dans un long maniement des affaires arabes, une expérience des hommes et des choses qui devait lui être très utile dans les hautes fonctions qu'il exerça. Très jeune divisionnaire, il avait été investi du commandement de l'armée de la Loire, dans des circonstances très critiques , car cette armée , formée de soldats jeunes, novices au métier des armes et aux dangers de la guerre, déjà démoralisés par un échec sérieux devant Orléans, avait besoin d'un chef qui sût prendre sur elle assez d'autorité, pour lui imposer la confiance envers lui et envers elle-même. Le général Chanzy fut ce chef. Il montra du calme, du sang-froid, du coup d'oeil et de réels talents militaires. Sans doute, il ne supporta pas le principal effort de l'armée allemande; mais ses troupes, dans les combats qu'elles eurent à livrer, soutinrent la réputation des armes françaises, et son élévation était méritée.

Un 7e corps fut créé à Bourges, pour le général Ducrot que la guerre venait de mettre en évidence. Sa ténacité à Frœschwiller, où, à la fin de la journée, il avait tenu tête, avec sa seule division, à l'armée allemande, exaltée par le succès; le coup d'œil qu'il avait montré à Sedan, lorsque, investi, pour quelques instants, du commandement en chef, après que le maréchal de Mac Mahon eut été blessé, il avait ordonné la retraite sur Mézières, qui eût certainement sauvé l'armée si elle n'eût pas été contremandée par le général de Wimpffen ; enfin, la part glorieuse qu'il avait prise

à la défense de Paris, l'indiquaient pour les destinées les plus hautes, et il les eût accomplies sans la politique qui vint se jeter à la traverse.

Un dernier corps d'armée était réservé, avec le gouvernement de Lyon, au général le plus populaire de l'armée, à celui dont le nom est synonyme de bravoure, de loyauté et de patriotisme, à Bourbaki.

Les troupes de mon 3e corps restèrent cantonnées, jusqu'au Ier octobre 1871. A cette époque, elles furent ainsi réparties : une division de cavalerie, général du Frétay, au camp de Rocquencourt et à Versailles ; l'autre, général Ressayre, entre Paris et Meaux. La division Metman, chargée d'assurer l'ordre sur la rive gauche de la Seine, fut distribuée dans les casernes de cette partie de Paris. Quant à moi, j'eus pour résidence l'appartement réservé autrefois, à l'Ecole militaire, au commandant des troupes de la Garde.

La machine gouvernementale et la machine militaire fonctionnaient régulièrement. La Capitale, gardée par des forces considérables, désarmée, dégoûtée de toutes révoltes, assagie, allait, pendant de longues années, jouir d'un calme parfait.

l'assemblée nationale.

La majorité. — M. Thiers et les monarchistes. — Les princes d'Orléans. — La commission des grâces. — Le conseil d'enquête. — L'empereur du Brésil. — Casques et dolmans. — Une inspection générale. — A l'école de Saumur. — A l'école de Saint-Cyr. — Un bon officier de cavalerie. — Mort de Napoléon III. — Un règne. — Sur les registres.

En mon superbe logis de l'Ecole militaire, devant lequel le Champ de Mars développait ses espaces animés par des spectacles familiers et doux à mon œil : les manœuvres des troupes qui s'exercent, je passai, d'octobre 1871 à mai 1873, dix-neuf mois dans un travail acharné de réorganisation, étudiant, compulsant, discutant, maniant pacifiquement les hommes et les choses. Le matin, je montais à cheval, j'allais visiter mes régiments, je m'occupais de mon commandement, et le reste de la journée était absorbé par les commissions techniques. Les jours s'envolaient, rapides et bien remplis, sans que j'eusse le moindre loisir à consacrer à la politique. Quand nos sept cent cinquante souverains ne touchaient pas aux choses militaires, je laissais à d'autres le souci de suivre leurs débats.

Pendant ces deux années, on s'en souvient, la majorité de l'Assemblée nationale joua devant le pays un rôle que je comparerais volontiers, si j'étais moins res-

pectueux, à celui du vieux garçon qui trouve sa bonne à tout faire trop envahissante, mais qui ne peut se passer de ses services et qui refuse, à chaque instant, le tablier que la commère, se sachant indispensable, lui jette au nez. A propos de tout et de rien, M. Thiers offrait de s'en aller. La majorité aussitôt le retenait par le pan de sa redingote, lui demandait pardon, et recommençait à vivre en mauvais ménage avec lui.

Pauvre majorité ! Elle était composée de gens très honnêtes, animés des meilleures intentions, du plus pur patriotisme, du désir sincère de panser les plaies de ce pays-ci, de refaire de la France une grande nation, de lui rendre sa force et son prestige; de gens dont quelques-uns joignaient de réels talents à la pratique de toutes les vertus publiques et privées. Mais ces gens-là, le hasard et nos malheurs les avaient jetés dans la vie publique, les avaient portés au pouvoir, sans que rien dans leur vie les eût préparés à remplir la mission qui leur était imposée.

Depuis vingt ans, ils s'étaient, pour la plupart, retranchés eux-mêmes du commerce du monde extérieur. Retirés dans leurs châteaux, sans relations avec les populations et, par conséquent, sans action sur elles; réfugiés dans une opposition boudeuse, protestant par une abstention délibérée contre les actes de l'Empire, ils ne parlaient plus la même langue, ils n'avaient plus les mêmes idées que les masses démocratiques. Sans doute, ils avaient continué à donner à ce pays ce qu'ils avaient de plus cher, leurs fils, parce que l'atavisme parlait plus haut que leurs rancunes. Sans doute, au moment de la lutte, ils s'étaient donnés eux-mêmes, et l'on avait pu voir, dans les neiges de l'hiver sanglant, des barbes grises lutter de courage, de dévouement et d'héroïsme avec des mentons imberbes. Mais ils n'avaient figuré dans aucune assemblée politique ou administrative. Ils ne s'étaient pas initiés

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