‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 149 sur 309 · L'EMPEREUR DU BRÉSIL · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR DU BRÉSIL

Brésil, dom Pedro, la première tête couronnée qui ait paru en France, après nos malheurs, au mois de janvier 1872. L'empereur a été toute sa vie un grand voyageur, un grand curieux, un grand dilettante. Il avait voulu aller rendre visite à Victor Hugo. Il avait même consenti à laisser sa couronne sur le paillasson de l'appartement du poète, ce qui chiffonnait, je l'avoue, mes idées monarchiques. Il était allé prendre séance à l'Institut. C'était là une démarche que je ne me serais pas permis de blâmer; mais je pensais que néanmoins un souverain doit préférer s'asseoir sur le velours d'une selle plutôt que sur celui d'un fauteuil. Et alors, et depuis surtout, en voyant cet excellent homme vagabonder en Europe, je me disais : « Mais il n'a donc rien à faire là-bas ! Il n'a donc pas peur que ses peuples s'aperçoivent qu'ils peuvent se passer de lui ! » Ils ont fini par s'en apercevoir, et il est mort en exil.

Je jouissais alors, je puis le dire sans vanité, après un quart de siècle, d'une situation particulière et éminente dans la cavalerie. J'étais le seul officier général de l'arme exerçant un grand commandement. J'étais membre du Conseil supérieur de la Guerre. Tout cela me donnait une véritable prépondérance qui me plaisait, parce que j'essayais de m'en servir pour bien faire, mais qui plaisait moins à mes collègues, plus anciens que moi, et aux camarades que j'avais dépassés dans leur carrière.

Le ministre de la Guerre me consultait officiellement sur toutes les questions qui intéressaient la cavalerie. J'avais appelé auprès de moi quelques officiers en qui j'avais confiance et qui formaient une sorte de petite commission technique, travaillant fructueusement et silencieusement, dans un sens très pratique. Citerai-p, quelques-uns d'entre eux? Oui, car c'est justice.

Il y avait là le colonel L'Hôte, commandant le 18e de dragons. Il était, en 1857, capitaine instructeur au icrde

cuirassiers, quand j'en pris le commandement. Écuyer hors ligne, possédant, en outre, sur le bout du doigt tous les règlements militaires, il avait tout ce qu'il fallait pour devenir un chef d'école.

Le colonel Charreyron, commandant le 9e de chasseurs. Je l'avais eu longtemps sous mes ordres, comme chef d'escadrons au 3e de chasseurs d'Afrique, et ensuite aux chasseurs de la Garde.

Le colonel Grandin. J'avais apprécié la fermeté de son caractère, quand il était major aux Guides, et je savais en outre que, pendant son ministère, le maréchal Randon faisait cas de lui comme d'un de nos meilleurs officiers de cavalerie.

Le commandant de Jessé. A mon passage au comité de cavalerie, avant la guerre, j'avais remarqué un jeune capitaine du 7e de dragons qui faisait partie d'une de nos sous-commissions. Sa physionomie franche et ouverte, ses manières distinguées, son esprit cultivé m'avaient prévenu en sa faveur. Je fus enchanté de le retrouver avec le grade de chef d'escadrons qu'il avait conquis pendant la guerre, et d'obtenir du ministre qu'il le mît exceptionnellement à ma disposition. Il nous servait de secrétaire, et sa plume facile, élégante, faisait encore valoir nos travaux par la clarté et la précision du compte rendu.

Avec ces excellents collaborateurs, qui tous sont arrivés au sommet de la carrière militaire, je crois avoir accompli de la bonne besogne. Je ne résiste pas à la vanité de rappeler que la tenue actuelle de toute la cavalerie légère a été adoptée sur ma proposition, et en dépit d'une commission spéciale qui avait élaboré et présenté des modèles infiniment plus compliqués. C'est aussi moi qui ai choisi le casque que les cuirassiers et les dragons portent encore aujourd'hui. Le maréchal de Mac Mahon m'avait envoyé de Versailles un fourgon rempli de casques de toutes les formes imaginables.

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