‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 152 sur 309 · A L'ÉCOLE DE SAUMUR · texte numérisé non relu

A L'ÉCOLE DE SAUMUR

forcé d'en désigner d'office. Beaucoup de ces jeunes gens, ne voyant pas de débouchés, au sortir de l'Ecole, quittaient le service, privant leur régiment de l'instruction technique qu'ils y avaient acquise et rendant inutiles les frais considérables faits par l'Etat pour les y entretenir. C'était de la mauvaise administration.

Je cherchai le remède et je crus le trouver tout simplement en transformant les élèves sous-officiers en élèves officiers. Il suffisait de n'envoyer à l'école de Saumur que les sous-officiers résolus à faire leur carrière du métier des armes et jugés dignes, par leur conduite et leurs aptitudes, d'être inscrits immédiatement sur le tableau d'avancement pour l'épaulette. De cette façon, l'armée gardait ses meilleurs éléments et rentrait dans ses débours par l'amélioration de ses cadres. Cette réforme, dont je revendique hautement l'initiative, fut appliquée, d'abord timidement. Les colonels et les généraux se plaignirent qu'on les dépouillât de leur plus belle prérogative, qui consiste à assurer l'avancement de leurs subordonnés. Objection puérile , puisque les chefs de corps conservaient leur droit de présentation et que l'Etat se contentait de perfectionner l'instruction des candidats choisis par eux ! Mais, à l'user, elle a produit d'assez bons effets pour qu'on l'applique aujourd'hui à toutes les armes. Et, à l'imitation de l'école de Saumur, Saint-Maixent pour l'infanterie, et Versailles pour l'artillerie et le génie, sont devenus des écoles préparatoires de sous-officiers, élèves officiers. Et personne ne songe à revenir en arrière, pour retourner au vieux mode d'avancement.

Le système est-il parfait? Rien n'est parfait ici-bas. On lui reproche de ne donner aux sous-officiers promus officiers qu'une instruction superficielle. On lui reproche surtout de créer deux catégories d'officiers : ceux qui sortent des écoles d'officiers et ceux qui sortent des écoles de sous-officiers, et d'entretenir ainsi un anta-

gonisme préjudiciable dans le corps des officiers dont l'union et la confraternité sont, à tous les grades, la principale force des armées. Si cela est, avant de s'en prendre à nos institutions militaires, il faut s'en prendre à notre état social dont elles ne sont que le reflet. Nous n'avons pas en France ce qui existe en Allemagne, une caste capable de fournir tous nos officiers qui auraient ainsi une communauté d'origine. Tout ce que nous pouvons faire, c'est de corriger autant que possible, pour le recrutement de notre corps d'officiers, les inconvénients de notre état social démocratique et égalitaire. D'ailleurs, pour la cavalerie moins que pour les autres armes, la dualité d'origine des officiers est sensible. Les jeunes gens qui passent par l'école de Saumur appartiennent, en général, à de bonnes familles, ont reçu une excellente éducation et sont parfaitement accueillis par leurs camarades de Saint-Cyr. A ce point de vue, l'on a eu tort de renoncer à envoyer directement les nouveaux promus de Saint-Cyr à Saumur, où ils auraient fusionné, sur les bancs de l'École et sur le dos des pur sang, avec leurs camarades sortis des rangs. Dans le même ordre d'idées, je regrette que l'admission des élèves officiers à Saumur ait été abandonnée aux hasards d'un concours, au lieu d'être déterminée par l'examen impartial de leurs titres militaires. On a prétendu barrer la route aux faveurs, comme si les faveurs n'assiégeaient pas aussi bien la table des examinateurs que le bureau des chefs directs.

Enfin, je voulais débarrasser l'école de Saumur des éléments étrangers à la cavalerie, et notamment des officiers et sous -officiers de l'artillerie, qui devaient faire plus utilement leur instruction dans leurs propres établissements.

Mon inspection fut pénible. L'Ecole contenait de très nombreux jeunes gens, improvisés officiers pendant la guerre et remis sur les bancs. Il leur semblait

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