‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 175 sur 309 · LE GÉNÉRAL BOREL · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL BOREL

au général de Ladmirault, lui dit : — Voici le ministre de la Guerre. Acceptez-vous le commandement de l'armée de Versailles, pour l'exercer avec le gouvernement de Paris?

— Sans aucun doute, Monsieur le Maréchal. Il y a longtemps que nous nous connaissons, le général du Barail et moi. Il sait qu'il peut compter sur mon concours le plus dévoué.

— Très bien. Voilà une affaire réglée. Maintenant vous devriez prendre, comme chef d'état-major général, Borel, à qui je ne puis plus donner de situation auprès de moi. Il est très au courant de tout ce service-là.

— Je ne demanderais pas mieux, mais j'ai Saget qui remplit, depuis longtemps déjà, ces fonctions, et dont je suis très satisfait. Si je ne l'avais pas, je ne voudrais pas d'autre chef d'état-major que le général Borel dont je connais tous les mérites.

— Eh bien, alors, gardez Saget. Quant à Borel, le ministre de la Guerre le prendra, comme chef d'étatmajor général et comme chef de Cabinet.

J'avais déjà réservé « in petto » ce double poste à mon ami, le général Balland. Mais la combinaison ne me déplaisait point; il m'était même agréable d'avoir pour auxiliaire un homme que je savais investi de la confiance du Maréchal et qui, sur toutes choses, pourrait m'indiquer la pensée exacte de celui que je considérais comme le chef de l'armée, et par son rang de Président de la République, et surtout par ses talents militaires.

Alors, le Maréchal rendit sa liberté au général de Ladmirault et me garda, afin de me présenter au conseil des ministres, réuni dans un salon voisin, pour délibérer. Cette formalité accomplie, il m'indiqua un fauteuil et me dit de prendre part à la séance.

— Pardon, Monsieur le Maréchal, dit le duc de Broglie, vice-président du conseil, mais la nomination

de M. le général du Barail n'a pas encore paru au Journal officiel.

— Cela ne fait rien, répondit le Maréchal au duc, qui me parut un peu formaliste. Pour nous, il est nommé ministre de la Guerre. Le général de Cissey n'a pas été convoqué. Il n'y a aucun inconvénient à ce qu'il prenne part au Conseil.

C'est ainsi que je fus jeté, sans m'y être préparé et sans m'y être attendu, dans un ministère. Car, le lendemain, ma situation allait être régularisée par un décret officiel.

A cette première séance, j'éprouvai une première surprise; je m'attendais à entendre discuter de grandes questions gouvernementales, une ligne politique générale, les moyens, sinon de rallier les masses au nouveau gouvernement, au moins de frapper leur imagination. Le duc de Broglie mit tout de suite en discussion le remplacement des préfets. Là encore, il me semblait que le conseil aurait pu prendre les choses par leur grand côté, et examiner les principes qui dicteraient les choix du ministre de l'Intérieur. Par exemple, rappellerait-on les anciens préfets de l'Empire qui s'étaient montrés hommes de gouvernement? Ou les laisserait-on systématiquement à l'écart? Par exemple, encore, quels étaient les départements où il fallait mettre des hommes politiques? Quels étaient ceux où l'on pouvait se contenter d'envoyer des administrateurs de prof ession ? On se borna à discuter des noms qui, manifestement, étaient inconnus de quelques-uns d'entre nous, qui, par conséquent, ne représentaient rien à nos esprits, et à décider que tel département conviendrait mieux à tel préfet, et tel préfet à tel département. Je trouvais que nous aurions pu mieux employer notre temps. Et, comme ce cortège d'inconnus pouvait se passer de mes lumières, je m'occupai à écrire personnellement aux principaux chefs de l'armée, à ceux sous les ordres de

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