‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 188 sur 309 · LE DUC D'AUDIFFRET-PASQUIER · texte numérisé non relu

LE DUC D'AUDIFFRET-PASQUIER

— Vous voyez bien ! Vous voilà attelé avec les mêmes chevaux. Ces chevaux ne font jamais que le même service. Ils vous mèneront où ils ont l'habitude d'aller.

— Je crois que pour tout ce qui est affaire de traditions, de règles, les bureaux en savent plus que moi, et que je dois prendre leur avis. Mais il est cependant des réformes qui s'imposent, et ces réformes, soyez persuadé que je ne les accomplirai pas par l'entremise des bureaux. Ainsi, j'ai l'intention de constituer un grand état-major général, qui deviendra l'organe du commandement, et sera chargé de la partie militaire de l'armée, tandis que la partie administrative sera dévolue à ce que l'on nommait autrefois les bureaux de la Guerre.

— Vous ne ferez pas cela!

— Je le ferai, si le Maréchal et l'Assemblée me prêtent vie.

Et la conversation continua ainsi tout le restant du dîner. Elle m'intéressait, car mon voisin, que je ne prenais déjà plus pour un procureur général, avait, sur toutes les questions que nous traitions, des idées très nettes, très arrêtées, et faisait preuve, en matière militaire, de connaissances qu'on ne rencontre ordinairement pas chez des civils. Je ne lui avais pas demandé son nom. Il n'avait pas cru nécessaire de me le dire. Et nous nous séparâmes assez contents l'un de l'autre, je crois. A la réception qui suivit le dîner, je demandai à un de mes collègues du ministère s'il pouvait m 'indiquer le nom de la personne à côté de qui j'étais assis à table.

— Comment! me répondit-il, vous ne connaissiez pas le duc d'Audiffret-Pasquier?

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