‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 3 sur 309 · VISITE A L'EMPEREUR. S · texte numérisé non relu

VISITE A L'EMPEREUR. S

gnolle, qui arrivait à la limite d'âge et allait passer dans le cadre de réserve. Au moment de prendre congé, le ministre me dit :

— Ne manquez pas surtout d'aller voir l'Empereur; il aura peut-être quelques questions à vous poser, quelques renseignements à vous demander. Il est inutile que vous sollicitiez une audience. Je le préviendrai de votre rentrée en France et je vous ferai connaître ses ordres.

Le surlendemain, je recevais une lettre d'audience. En entrant aux Tuileries , je trouvai dans le salon d'attente le général d'Auvergne qui, comme moi, revenait du Mexique, et, comme moi, avait été convoqué. Quoique nous fussions à peu près étrangers l'un à l'autre, nous fûmes enchantés tous les deux de nous rencontrer en semblable circonstance. Nous nous imaginions l'un et l'autre que no^re conversation avec l'Empereur aurait quelque importance, que le Souverain nous demanderait une appréciation sincère, désintéressée, de ce qui se passait là-bas et des résultats acquis par nos armes. Et nous étions ravis de pouvoir nous prêter un mutuel appui, pour supporter le poids d'un pareil entretien.

Nous entrons dans le cabinet impérial où l'Empereur nous reçoit comme il savait recevoir. Une de ses qua lités les plus attachantes était un mélange de bonté exquise et de simplicité parfaite. Sans doute, Napoléon III avait, au plus haut degré, l'orgueil du grand nom qu'il portait et la conscience des grands devoirs que lui imposait ce nom. Mais dans la vie privée, il était profondément bienveillant et simple, sans morgue, sans pose, familier même, sans que jamais pourtant cette familiarité, servie par un tact suprême, allât jusqu'à faire oublier à ses interlocuteurs leur rang et le sien.

Dès les premiers mots, d'Auvergne et moi nous étions tout à fait à notre aise ; tout à fait à notre aise

et tout à fait déroutés. L'Empereur ne nous demanda pas notre avis sur l'expédition, ni sur l'avenir du nouvel empire mexicain, ni sur les dispositions véritables des populations, ni sur le gouvernement libéral de Juarez, ni sur les moyens d'attacher le Mexique à Maximilien, ni sur la campagne que nous venions de faire dans le Nord et qui, nulle au point de vue militaire, était importante au point de vue politique, ni sur rien d'essentiel enfin; il ne nous posa aucune des questions pour lesquelles nous avions préparé laborieusement des réponses. Il se borna à nous interroger sur l'installation des troupes dans les régions nouvellement occupées, sur l'état sanitaire de l'armée hors des Terres-Chaudes où le « vomito » est en permanence six mois de l'année.

— Comment s'y prend-on, nous dit-il, pour préserver les hommes des rayons si dangereux du soleil?

— Sire, nous avons des couvre-nuques.

— Ah!

Et nous dûmes expliquer ce que c'était qu'un couvrenuque, en mettant nos mouchoirs sous nos chapeaux.

Notre audience ne fut ni longue ni intéressante. Visiblement, l'Empereur avait son siège fait. Il en savait plus long que nous sur le Mexique, ou ne voulait pas s'exposera voir nos idées déranger les siennes. Pourtant, quand il se leva pour nous donner congé, il nous dit :

— Quand vous avez quitté la Vera-Cruz, l'empereur Maximilien était-il arrivé?

— Non, Sire, mais il n'en était pas loin, car nous avons rencontré à la hauteur des Antilles le bâtiment qui le portait.

L'Empereur se borna à dire :

— C'est maintenant son affaire de s'imposer au Mexique. Et il ajouta quelques paroles dont le texte m'échappe, mais dont le fond signifiait qu'il était disposé à rappeler ses troupes et qu'il lui tardait d'en

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