DÉNOMBREMENT
et même avec les concessions qu'il plairait à ce Roi d'accepter, mais aussi avec toute la rigidité de ses traditions, s'il lui plaisait d'être intraitable.
2e groupe : la droite modérée, cent membres. Ceux-là, comme l'indiquait le titre de leur groupe, partageaient les sentiments de l'extrême droite envers le Prince ; mais, sans lui poser aucune condition, ils pensaient que son retour n'était possible qu'après un accord sur la Constitution, et un arrangement à propos du drapeau. Ce second groupe reliait le premier au troisième.
3e groupe : le centre droit, cent vingt membres. Ceux-là étaient les parlementaires, les orléanistes. Ils acceptaient bien le comte de Chambord, mais conditionnellement. Ils voulaient, sinon lui imposer une charte, au moins lui faire accepter d'avance les bases d'une Constitution. Quant à la question du drapeau, ils étaient intraitables. Ils voulaient le drapeau tricolore.
Enfin, quarante membres formaient un quatrième groupe, appelé groupe Changarnier.
L'illustre général, au cœur si noble et si français, parvenu à la vieillesse extrême, mais toujours jeune d'allure, sinon d'aspect, était incontestablement royaliste et légitimiste ; mais il affirmait l'importance essentielle du maintien du drapeau tricolore, soutenant que si on le remplaçait par le drapeau blanc, l'armée, tout en restant docile, ne serait plus dévouée. Les quarante députés qu'il avait réunis autour de lui partageaient cette idée, tout en faisant bon marché des exigences constitutionnelles du centre droit. Les monarchistes disposaient donc d'une masse compacte de trois cent quarante voix, à condition qu'ils se missent tous d'accord. Ce n'était pas la majorité absolue, puisque, pour renverser M. Thiers, ils avaient eu besoin de l'adjonction du petit groupe de l'Appel au peuple et du groupe Target. Mais on était certain qu'en face d'une question aussi grave que celle du rétablissement de la
4i4 MES SOUVENIRS.
monarchie, les défections ou les abstentions laisseraient aux monarchistes la majorité relative. Ils étaient décidés à s'en contenter, et ils affichaient cette théorie que, votée même à une seule voix de majorité, la monarchie serait le gouvernement légal et définitif de ce pays. Les républicains, naturellement, s'insurgeaient contre une pareille doctrine, et, par une puissante ironie des choses , c'est sur elle qu'ils ont été encore tFop heureux de s'appuyer et de fonder leur gouvernement, adopté en définitive, en 1875, avec une seule voix de majorité.
Trois cent quarante personnes réunies sont capables de discuter et de voter. Elles sont incapables d'agir. Les monarchistes devaient donc, pour préparer la Restauration, se condenser en un groupe plus restreint. Ils élurent neuf personnes qui se réunirent sous la présidence du général Changarnier. Ce fut la célèbre Commission des Neuf, qui comprenait MM. le général Changarnier, le duc d'Audiffret-Pasquier, Callet, de Tarteron, Combier, baron de Larcy, Baragnon, comte Daru et Chesnelong. Cette commission des Neuf fut le grand moteur de l'entreprise. C'était une sorte de Comité de Salut public, avec cette différence, toutefois, qu'il ne représentait pas le Gouvernement, car le Gouvernement restait dans une neutralité complète , ses membres se contentant de faire connaître leur avis personnel sur ce qui se passait.
Cette entreprise était-elle possible? Je crois que oui. Je crois que, si le parti monarchique avait réussi à se mettre d'accord , avec lui-même d'abord , et avec le Prince ensuite, s'il avait pu élaborer une constitution où les conquêtes légitimes de la Révolution auraient été reconnues et respectées, une restauration aurait été acceptée, et qu'avec le temps, le vieil arbre monarchique aurait pu jeter de nouvelles racines dans le sol de France. Seulement, il aurait fallu, pour cela, non