ACTE D'INDISCIPLINE
commandement de la subdivision, à Périgueux. Ilchoisit le colonel Raison, du 14* de ligne, qui s'acquitta de cette mission avec tact et fermeté. En outre, le Journal officiel contenait, le lendemain, un ordre à l'armée signé par moi, et une proclamation signée par le Maréchal.
Ordre a l'armée.
a Le ministre de la Guerre a reçu de M. le général de Bellemare, commandant la subdivision de la Dordogne, une lettre par laquelle cet officier général se refuse à reconnaître la souveraineté de l'Assemblée nationale.
« Le ministre de la Guerre ne pouvait tolérer qu'un officier sous les drapeaux méconnaisse la représentation légale du pays.
« M. le général de Bellemare a été immédiatement démis de son commandement, et mis en non-activité par retrait d'emploi, par décret de M. le Président de la République.
« Général DU Barail.
« Versailles, le 28 octobre 1873. »
Voici maintenant la proclamation à l'armée du maréchal de Mac Mahon :
« Soldats,
« Un acte d'indiscipline a été commis dans l'armée.
a Le maréchal Président de la République est convaincu qu'il ne se renouvellera pas. Il connaît l'esprit de dévouement qui vous anime. Vous saurez maintenir dans l'armée cette union et cette discipline dont elle a toujours donné l'exemple, qui sont sa force, et qui seules pourront assurer la tranquillité et l'indépendance du pays.
a Comme soldats, notre devoir est bien tracé; il est
indiscutable. En toutes circonstances, nous devons maintenir l'ordre et faire respecter la légalité.
« Le Président de la République, « Maréchal de Mac Mahon, duc de Magenta.
Versailles, le 28 octobre 1873. »
Le général de Bellemare et moi, nous étions de vieux amis. Je le connus, sortant de l'école, et sous-lieutenant aux zouaves, alors que j'étais moi-même lieutenant aux spahis. Il était doué d'un extérieur séduisant et d'une intelligence remarquable. Il avait servi d'officier d'ordonnance au général de Lamoricière, pendant les journées de Juin. Au Mexique, chef de bataillon aux voltigeurs de la Garde, il avait été choisi pour diriger le cabinet militaire du général Forey. Et comme, ainsi que je l'ai dit déjà, il avait des idées opposées à celles de M. Dubois de Saligny, ce dernier finit par obtenir le rappel en France du commandant, pendant le siège de Puebla. Jusqu'à cette époque, il n'avait porté que le nom infiniment plus modeste de Billard. A Sedan, le commandant Billard, devenu le colonel de Bellemare, figura à la tête de son régiment, et trouva le moyen de s'échapper, avant le départ de l'armée prisonnière pour l'Allemagne. Il vint à Paris, où la pénurie de nos cadres lui fit obtenir rapidement le grade de général de brigade, puis celui de général de division, après le combat du Bourget auquel il prit une part essentielle. La commission des grades le replaça dans le grade de général de brigade. Très ambitieux, de Bellemare se posa en victime et confia sa cause à M. Gambetta, qui la plaida avec chaleur. Mais l'heure où l'organisateur de la défense nationale en province devait devenir omnipotent n'avait pas encore sonné, et M. Thiers punit le client de M. Gambetta d'avoir choisi un pareil avocat, en se refusant à le rappeler à l'activité. C'est dans