‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 215 sur 309 · EFFONDREMENT · texte numérisé non relu

EFFONDREMENT

qu'il n'y avait plus rien à faire, parce qu'il n'y avait plus de majorité pour voter la monarchie, licenciait la Commission des Neuf.

Les hommes du centre droit, fidèles à leurs Princes, imaginèrent l'expédient d'une régence ou d'une lieutenance générale, qui aurait été confiée à l'un des princes d'Orléans, en attendant que le Roi véritable se résignât... ou mourût. Le comte de Paris, le prince de Join ville, le duc de Nemours furent tous les trois successivement pressentis, et tous les trois, fidèles aux engagements contractés envers le chef de leur Maison, refusèrent de se prêter à la combinaison.

Il appartenait dès lors au Gouvernement d'entrer en scène, et de masquer la retraite forcée des conservateurs qui avaient élu le Maréchal. On discuta, au Conseil des ministres, les moyens de donner plus de fixité et d'autorité aux pouvoirs du Président de la République, sans cependant sortir encore du provisoire où l'on se maintenait volontairement. Il ne fallait pas, en effet, que le chef du Pouvoir exécutif pût être entraîné dans la chute de son ministère, comme l'avait été M. Thiers, et il était nécessaire, en outre, de régler, par une loi, la nature des rapports que le Maréchal entretiendrait avec une Assemblée dans laquelle il n'avait pas accès. Toutes ces questions gouvernementales furent étudiées, résolues au Conseil et présentées à l'Assemblée nationale, le 5 novembre, par un message du Maréchal. L'Assemblée nomma une commission chargée de les résoudre, et pendant que cette commission travaillait, pendant que le public discutait, non plus la question de savoir si l'on fonderait une monarchie définitive, mais si l'on établirait une sorte de maréchalat sans hérédité, et combien de temps il durerait, le comte de Chambord débarquait à Versailles.

Le secret de sa présence fut admirablement i^ardé, puisque la police et la gendarmerie n'en surent rien

Je ne connus ce voyage que longtemps après qu'il fut accompli, et la plupart de mes collègues partagèrent mon ignorance. Mais les détails du séjour du Prétendant à Versailles m'arrivèrent par une personne que je crois suffisamment désigner en disant qu'elle fut la seule, peut-être, informée de première main, et que, dans la circonstance, elle était la première intéressée. Le matin du 8 novembre, le comte de Blacas arrivait à l'hôtel de la Préfecture et faisait prier la Maréchale de le recevoir, pour une affaire urgente et importante. Aussitôt introduit auprès de la Maréchale, il lui disait, sans autre préambule :

— Le Roi est à Versailles et désire voir le Maréchal.

Très émue de cette nouvelle inattendue et extraordinaire, élevée dans le loyalisme le plus absolu, la Maréchale répondit, avec présence d'esprit :

— Je ne puis pas savoir ce que va faire mon mari ; mais je doute qu'il lui soit possible de se rendre au désir et à l'appel de Monseigneur.

— Et pourquoi donc?

— Parce qu'après ce qui vient de se passer, après son message à l'Assemblée, alors que l'on élabore une loi qu'il a demandée et qui est destinée à délimiter ses pouvoirs, il aurait l'air, en allant chez Monseigneur, de se prêter à une intrigue dont l'apparence même est incompatible avec la dignité de son caractère.

— r Comment faire, pourtant? Le Roi est venu à Versailles précisément dans l'intention de voirie Maréchal.

— Alors, je ne vois qu'un moyen. Que Monseigneur vienne à la Présidence, accompagné par vous, si vous le jugez utile. Les huissiers du cabinet du Maréchal ne le connaissent pas. Ils n'ont reçu aucunes instructions. Qu'il entre chez mon mari, qui sera bien forcé de le recevoir et de lui témoigner ses respects.

— Comment, madame! vous voulez que le Roi vienne chez le Maréchal 1

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