COMMENT ON PREND CONGÉ
critique, mais trop loyal et trop droit pour appliquer un système de gouvernement contraire à celui qui, jusqu'alors, avait réalisé toutes ses idées. La façon dont il prit congé du Maréchal peint bien son caractère. Le général Desvaux était l'homme le plus méthodique et le plus chronométriquement régulier. Tous les matins, le Maréchal le voyait entrer, pour travailler, dans son cabinet , au moment où la pendule , soigneusement réglée sur l'horloge de la ville, sonnait le premier coup de huit heures. Le lendemain du jour où la lettre impériale fut connue, après avoir terminé son travail avec le Maréchal, le général Desvaux lui dit : — Maintenant, Monsieur le maréchal, je prends congé de vous.
— Très bien, adieu et à demain.
— Non pas à demain, Monsieur le maréchal. Je pars; je quitte l'Agérie.
— Vous allez en congé !
— Non pas; je quitte l'Algérie, sans esprit de retour. Je résigne mes fonctions, je demande ma mise en disponibilité.
■ — Hein!... Pourquoi?... Qu 'est-il arrivé?
— Il y a longtemps que je suis en Algérie. Ma santé s'y est usée; j'ai besoin de repos.
— Qu'à cela ne tienne! Prenez trois mois, six mois, un an de congé, et revenez; votre place vous attend. Personne ne vous succédera.
— Je suis sensible, monsieur le Maréchal, à toutes vos bontés. Vous m'y avez, d'ailleurs, habitué. Elles me faisaient aimer mes fonctions. Elles me les feront regretter. Mais je ne puis prévoir quand je serai en état de reprendre du service actif, et je vous prie de me donner un successeur.
Tout cela était dit d'un petit ton sec, tranchant, qui indiquait une résolution irrévocable. Le maréchal dut consentir à ce départ, auquel il s'attendait si peu qu'il venait d'accorder un congé à son sous-chef d'état-major,
le colonel Faure, qui devait partir le lendemain. Le général Des vaux partit à sa place, et jamais il n'a dit à personne pourquoi il avait demandé sa mise en disponibilité. C'est tout récemment, et par des lettres confidentielles dont j'ai eu connaissance, et qu'il avait écrites au moment de son départ, que j'ai su la cause véritable de sa détermination. Le maréchal de Mac Mahon luimême n'a jamais connu les raisons qui l'avaient privé d'un collaborateur pour lequel il professait la plus grande amitié et la plus haute estime.
Le général demanda et obtint l'autorisation de voyager, parcourut la Palestine, l'Asie Mineure, la Turquie et la Grèce, regardant et s'instruisant. Rentré en France, il devait commander la division de cavalerie de Lunéville, puis celle de la Garde impériale. C'est à la tête de cette division' qu'il partagea le triste sort de l'armée de Metz. Il remplaça même à la tête de la Garde tout entière le général Bourbaki, lorsque ce dernier, trompé par les intrigues de Régnier, quitta l'armée. Revenu de captivité, le général Des vaux, frappé au cœur, demanda sa retraite. Au lendemain du 24 mai, il résista à toutes les instances du Maréchal qui voulait lui confier le Ministère de la guerre, ne voulut pas heurter son caractère inflexible aux partis qui divisaient l'Assemblée, et dont il ne partageait ni les rancunes ni les espérances. Isolé dans la Chambre, obligé de présider à des réformes qui devaient froisser des intérêts, il eût bien vite succombé sous le poids des colères soulevées. Il le sentit et refusa obstinément. Ce fut lui qui me désigna expressément pour ces hautes fonctions au choix du Maréchal. Il a vécu depuis dans la retraite du sage, sans autres ressources que sa modeste pension, cultivant les sciences et les arts, partageant son temps entre sa petite maison de Fontenay-aux-Roses et un séjour d'hiver à Nice, où une chambre lui était réservée à l'hôtel des Princes, d'abord au dernier étage et puis