LES DIX-HUIT COMMANDANTS DE CORPS
esprit de parti pris, par une commission que présidait le Maréchal, et dans laquelle figurèrent les huit commandants des corps déjà établis. Et je crois que les chefs placés par moi à la tête de l'armée reconstituée méritaient sa confiance et l'obtinrent. En voici la nomenclature :
Ier corps, à Lille : général Clinchant ; cinquante-trois ans. Sorti de l'infanterie ; campagnes de Crimée et d'Italie. Échappé de Metz, il avait commandé l'armée de l'Est, après le suicide de Bourbaki, et le 50 corps pendant la Commune. Mourut gouverneur de Paris. Lancé dans la politique.
2e corps, à Amiens : général Montaudon ; cinquantecinq ans. Sorti de l'infanterie ; avait fait sa carrière aux zouaves ; campagnes de Crimée et d'Italie ; divisionnaire au siège de Metz; blessé pendant le siège de Paris. Très brillant officier qui fut un instant le plus jeune des généraux de division.
3e corps, à Rouen : général Lebrun ; soixante-deux ans. Sorti de l'état-major, n° 1 de l'École. Siège de Rome, Afrique, Crimée, Italie; aide de camp de l'Empereur ; fidèle Achate du maréchal de Mac Mahon ; figurait à l'armée de Sedan, où il livra le combat de Bazeilles qu'il a raconté. Très vif, très actif, presque agité, écrivain et artiste jusqu'au bout des ongles.
4e corps, au Mans : général Deligny ; cinquante-sept ans. Sorti de l'infanterie. Un Africain pur sang, qui se distinguait déjà dans la campagne de Mascara, comme lieutenant, en sauvant une section de voltigeurs perdue dans les neiges; commandait à Metz la division des voltigeurs de la Garde.
50 corps , à Orléans : général Bataille ; cinquantesept ans. Très brillant soldat. Afrique et Italie. Divisionnaire au siège de Metz, très grièvement blessé; avait épousé la veuve de Gustave Crémieux, cantatrice connue sous le nom de Mme Monbelli.
6* corps , à Châlons : général Félix Douay ; cinquante-cinq ans. Un des plus rudes soldats de l'armée. Sorti de l'infanterie. L'un des trois frères Douay qui, tous trois, furent généraux. S'engagea dans un régiment en garnison à Cayenne, pour parvenir plus vite ; se distingua en Afrique, en Crimée, en Italie, au Mexique. Aide de camp de l'Empereur. Accompagnait l'Impératrice à l'inauguration du canal de Suez. Commandait le 7e corps en 1870; fut fait prisonnier à Sedan. Au siège de Paris, il commanda le 4e corps qui entra dans Paris par la porte de Saint-Cloud. Etait spécialiste pour le tir de l'infanterie.
7e corps, à Besançon : général duc d'Aumale ; cinquante et un ans. Sorti de l'infanterie. Le vainqueur de la Smala appartient à l'Histoire, et sa vie entière prouve que les marches d'un trône sont un terrain où naissent presque d'eux-mêmes les plus grands talents. Même s'il n'avait pas été prince, il fût devenu un grand général et un grand écrivain.
8e corps, à Bourges : général Ducrot; cinquante-six ans. Sorti de l'infanterie. Campagnes en Afrique et en Italie. Un des plus vigoureux, sinon le plus vigoureux soldat de l'armée française. Prit part à la bataille de Reichshofïen , s'échappa de Sedan, commandait à la bataille de Champigny ; fut élu à l'Assemblée nationale, donna bientôt sa démission et s'attira, par son attitude politique et religieuse, des inimitiés radicales, auxquelles il devait être sacrifié, au commencement de 1878.
9e corps, à Tours : général de Cissey ; soixante-trois ans. Sorti de l'Etat-major. Campagnes d'Afrique et de Crimée. Divisionnaire à l'armée de Metz, député à l'Assemblée nationale ; me précéda et me succéda au ministère de la Guerre ; devait mourir sénateur inamovible.
10e corps, à Rennes : général Forgeot; soixante-sept