‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 242 sur 309 · L'ARMÉE TERRITORIALE · texte numérisé non relu

L'ARMÉE TERRITORIALE

troisième, je n'ai plus rien à vous apprendre, et il ne me reste qu'à me retirer.

Il a bien fallu y arriver pourtant, à ces primes de rengagement, demandées par moi. Mais des années ont été nécessaires pour forcer des esprits prévenus et entêtés à se rendre à l'évidence, dans une question si simple. Aujourd'hui, on s'applaudit de la mesure. Tôt ou tard, il faudra la compléter, en accordant à l'armée de terre ce qui existe déjà dans les troupes de la marine, des primes d'argent destinées à retenir dans le rang des bons sujets, qui n'ont d'autre ambition que celle de devenir soldats d'élite. Vous n'aurez une armée solide que lorsque dans chaque compagnie d'infanterie, chaque batterie d'artillerie, chaque escadron de cavalerie, figureront quelques vieux troupiers de vingt-cinq à trente ans, pas nombreux, juste ce qu'il en faut pour servir de modèles aux jeunes soldats, entretenir l'esprit militaire, la tradition, conter de gaies légendes guerrières , dans les chambrées , entonner les chansons d'autrefois, sur les routes, et perpétuer les types de Brin d'Amour, de Fanfan la Tulipe et de la Ramée.

Ce fut encore sous mon ministère que commença l'organisation de l'armée territoriale, confiée au général Berthaut, qui, colonel d'Etat-major, avait été déjà, sous l'Empire, le principal organisateur de la garde nationale mobile. Je n'ai pas besoin d'insister sur la différence de ces deux institutions.

La garde nationale mobile ne renfermait que des jeunes gens qui, pour un motif quelconque, avaient échappé au service militaire. Elle se réunissait seulement quelquefois, le dimanche, pour recevoir une instruction qui ne pouvait être que très superficielle, car les cadres n'étaient pas plus militaires que la troupe, en général. Pour ces courtes périodes d'instruction, la garde^nationale mobile ne quittait pas ses centres d'habitation ; elle était soumise à une juridiction spéciale

qui n'était pas faite pour la militariser. Aussi l'esprit dont elle fit preuve, pendant l'ébauche de son organisation, fut-il franchement mauvais. Lorsque le général Trochu ramena de Châlons à Paris la garde nationale parisienne qui, seule, présentait déjà une apparence de cohésion, il eut mille fois raison, au point de vue tactique, car ces jeunes gens, non encore entraînés, non encore façonnés, ne représentaient que de l'encombrement. Ils se seraient dispersés d'eux-mêmes, ou seraient morts sans utilité, sur le bord des chemins. Mais il eut mille fois tort, au point de vue de la discipline, de lui dire qu'elle avait le droit de venir défendre ses foyers. Un soldat sous les drapeaux n'a pas le droit d'aller dans un endroit plutôt que dans un autre ; il n'a que le devoir de suivre ses chefs partout où ils le mènent.

L'armée territoriale se présente sous un tout autre aspect. Elle est entièrement composée d'hommes qui ont passé un temps plus ou moins long sous les drapeaux et qui, généralement, sont déjà instruits des choses du métier. Ses cadres inférieurs sont composés d'anciens sous-officiers de l'armée. Ses cadres d'officiers, qui n'étaient pas très brillants au début, tendront sans cesse à s'améliorer par l'adjonction d'officiers démissionnaires de l'armée active et de bons sous-officiers, sortis de cette armée après leur temps de service. Ses officiers supérieurs sont, pour la plupart, des officiers retraités qui possèdent, sinon l'endurance, au moins l'expérience. En temps de guerre, ses régiments seraient certainement bien commandés par des chefs de corps empruntés à l'armée active. Enfin, pendant ses périodes d'exercices, qui durent treize jours consécutifs, l'armée territoriale est soumise au même traitement que l'armée active, et ses hommes obéissent au code de justice militaire. Je ne dis pas certainement que l'armée territoriale réalise le type

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