‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 248 sur 309 · FRAIS DE SERVICE · texte numérisé non relu

FRAIS DE SERVICE

cette double rubrique : « Frais de bureau et frais de représentation. » Ces mots de « frais de représentation » étaient mal compris. Les bénéficiaires de l'indemnité, les interprétant à leur point de vue, prétendaient qu'elle avait pour but de leur permettre de s'accorder un plus grand confortable, et d'exercer un plus grand prestige sur la population militaire et civile, par une augmentation de luxe. Leurs subordonnés, au contraire, étaient disposés à voir dans ce surcroît de solde une obligation morale de recevoir plus libéralement le personnel. Ceux qui touchaient l'indemnité prétendaient en jouir seuls. Les autres prétendaient la partager avec eux. Je fis inscrire les indemnités sous ce seul titre : « Frais de service », et il fut désormais admis que ceux qui touchaient des frais de service en disposaient à leur convenance.

Je fus moins heureux lorsque je m'attaquai à une disposition de la loi sur les grands commandements, qui réduisait à trois années l'exercice de ces commandements. Il me semblait absurde qu'après avoir commandé pendant trois ans un corps d'armée, un général fût réduit au commandement d'une simple division, et je faisais remarquer que, lorsqu'un officier est arrivé au sommet de la hiérarchie, il ne peut en descendre, sans perdre toute considération aux yeux de ses troupes qui le considèrent comme indigne du haut poste qu'il avait occupé. Dans les fonctions civiles, il n'y a pas d'exemples d'une disgrâce pareille. Les fonctionnaires ne reculent pas. Un président de tribunal ne redevient pas simple juge, pas plus qu'un évêque ne redevient simple curé. Mais les militaires qui faisaient partie de l'Assemblée nationale tenaient essentiellement à cette disposition législative. Ils avaient la prétention d'arriver le plus vite possible, même par la politique, et ils ne voulaient pas que les titulaires leur bouchassent l'accès des cimes de l'armée, en s'y éternisant. Aussi qu'est-il

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arrivé? Lorsqu'ils sont devenus, à leur tour, commandants de corps d'armée , ils ont obtenu qu'on laissât tomber en désuétude, dans la pratique, les précautions qu'ils avaient prises contre les commandants primitifs, et qui n'ont été appliquées qu'une seule fois, depuis 1873. Et les auteurs mêmes de la loi, par une interprétation judaïque, se sont bornés à faire permuter entre eux les commandants de corps, après la période triennale. Mon échec ne fut donc qu'apparent, puisque le bon sens que je défendais a fini par prévaloir.

Rappellerai- je encore que, comme ministre de la Guerre, c'est moi qui ai fait passer la loi en vertu de laquelle le duc d'Alençon était nommé capitaine d'artillerie et le duc de Penthièvre lieutenant de vaisseau ? Le parti orléaniste, c'est-à-dire le centre droit, tenait beaucoup à cette loi. Il ne me sut aucun gré de l'avoir défendue, et il allait bientôt me prouver son ingratitude, en étant la cause directe de ma chute ministérielle. Rappellerai-je encore, pour mémoire, que sous mon ministère commencèrent les pourparlers qui devaient aboutir bien plus tard, pour la constitution d'un cercle destiné aux militaires séjournant ou de passage à Paris ?

Le lecteur qui a eu la bonté de parcourir l'ensemble de ces Souvenirs, et qui, comme capitaine, comme colonel, comme général de brigade dans la Garde, comme divisionnaire pendant la guerre, puis comme membre du comité de cavalerie, m'a vu l'adversaire déclaré des manœuvres processionnelles de la cavalerie, se demandera certainement quelle forme j'ai donnée à mes rancunes contre le règlement suranné de 1829, pendant mon passage au ministère. Voici. Je n'avais oublié ni la cavalerie ni son règlement. J'avais envoyé mes collaborateurs L'Hotte, de Jessé et Grandin, visiter les grandes cavaleries européennes , en Allemagne , en Autriche et en Russie, afin de rapporter, avec des

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