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LES ERREURS DES MINISTRES

demanderez pardon d'avoir osé douter de Paris. » Et comment pourrait-il en être autrement? D'abord, les hommes croient ce qu'ils désirent. C'est même pour cela que les théologiens soutiennent que la foi dépend de la volonté. Il en résulte que lorsqu'on annonce un événement, on a l'air d'y tenir, et que les gens qui prédisent les défaites semblent d'accord avec l'adversaire. Si l'on applique ce principe aux élections, on trouve : i° que les organisateurs des candidatures gouvernementales en affirment le succès aux maires, parce qu'ils y croient et parce que, s'ils n'y croyaient pas, ils ne se lanceraient pas dans la bagarre ; 20 que les maires transmettent ce sentiment aux préfets, pour s'en faire bien venir; 30 que les préfets le transmettent à leur tour aux ministres près de qui ils veulent se faire valoir; 40 enfin, que les ministres rassurent leur collègue et le chef de l'État, parce qu'ils n'ont pas le moyen de contrôler la perspicacité de leurs agents, et parce que les illusions de toute une hiérarchie viennent irrésistiblement s'empiler sur un seul individu. D'ailleurs, les échecs conservateurs s'expliquaient, après l'avorte ment de la tentative de restauration, par la mollesse et les divisions des comités monarchistes, aussi bien que par l'ardeur et l'activité des comités républicains , obéissant comme un seul homme à MM. Thiers et Gambetta coalisés.

Le duc de Broglie pensa donc que le Maréchal devait donner de sa personne, et entreprendre quelques voyages politiques qui le mettraient en contact avec les populations, par l'intermédiaire des maires et des personnes notables, appelés à l'approcher. Il s'agissait d'exploiter le prestige de cette grande et magnifique figure de soldat, au profit des conservateurs. Le Maréchal accueillait sans le moindre enthousiasme cette idée. Déjà, sous le prétexte de visiter le camp d'Avor, il était allé à Bourges et à Nevers, et je l'avais accom-

pagné dans cet intéressant voyage. Nous nous étions rendu compte tous les deux de ce que pouvaient produire ces déplacements. Les élites, les représentants de ceux qu'on appelait, autrefois, les classes dirigeantes montraient de l'empressement et de la cordialité. Mais ce monde distingué, étant déjà conquis, n'avait pas besoin d'être ramené, et peu importait à l'avenir du gouvernement conservateur qu'il vînt faire cortège au Maréchal, moins quelques boudeurs, qui reprochaient déjà au Président de la République de n'avoir pas ramené le comte de Chambord. Quant aux foules, elles étaient nombreuses, convenables, déférentes. Mais il aurait fallu qu'elles fussent enthousiastes, et surtout que leur enthousiasme se traduisît par des votes pour des gens décidés à soutenir quand même cette chose un peu en l'air qu'on appelait le « Septennat » . Il aurait fallu, par conséquent, encore, que le Maréchal pût être mis en contact avec les gens qui détenaient l'influence électorale. Ces gens ne venaient pas au Maréchal et restaient dans des milieux où le Maréchal ne pouvait pas aller les chercher. De sorte que l'affluence des foules et leur déférence ne pouvaient aboutir à aucun résultat pratique. Rien n'est décevant d'ailleurs comme de s'imaginer que les gens qui se dérangent pour vous voir passer, et même vous saluer, vont voter pour vous ou pour vos amis. D'abord, les gens qui saluent et ceux qui votent ne sont pas toujours les mêmes. Les abstentionnistes du scrutin suffiraient à eux seuls à encombrer les rues d'une ville et à faire croire aux statisticiens que toute la population valide est sur pied. Quand on rend compte des déplacements d'un chef de gouvernement, il est traditionnel de dire que tel département s'était tout entier transporté à son cheflieu, alors qu'en réalité les neuf dixièmes de la population n'ont pas bougé. Et puis, la curiosité n'est pas une profession de foi.

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