MGR FREPPEL
ritoire se trouvaient des établissements militaires importants, qui relevaient de mon commandement pour la discipline générale, sans que j'eusse à m'immiscer dans leur régime intérieur : l'école de cavalerie de Saumur, le camp du Ruchart avec son école de tir, la manufacture d'armes de Châtellerault, la poudrerie du Ripault, sans compter l'école de Saint- Maixent, pour les élèves officiers d'infanterie, qui devait recevoir le personnel du camp d'Avor.
Mon premier soin, en arrivant dans mon commandement, fut d'inspecter les troupes stationnées sur mon territoire, remettant à plus tard l'inspection de celles qui étaient détachées sur le territoire du 6* corps. Au mois de septembre, j'allai recevoir à Angers le Maréchal qui revenait d'un voyage dans les provinces de l'Ouest. Nous reçûmes l'hospitalité du préfet d'Angers, M. Merlet, homme aimable, qui nous hébergea dans sa préfecture, un ancien couvent. Arrivé à sept heures dans la soirée, le Maréchal commença le lendemain ses visites officielles par la cathédrale. Il trouva sur le parvis Mgr Freppel qui lui adressa quelques paroles impératives et sacerdotales, pour lui expliquer les devoirs qu'il avait à remplir, comme chef du gouvernement. Le ton tranchant de cette homélie me déplut assez, je l'avoue, et, au déjeuner officiel qui suivit, le hasard m'ayant placé aux côtés de l'Évêque, j'attendis pour lui parler qu'il rompît le premier la glace. Il faut croire que mon attitude dans la question des aumôniers militaires m'avait aliéné ses sympathies, car il se tint raide comme sa crosse, et le repas se passa sans que nous eussions échangé un mot. Ce fâcheux début nous éloigna pour toujours l'un de l'autre, et je le regrettai, car son talent me plaisait, et j'aimais assez ses allures combatives, quand il choisissait d'autres plastrons qu'un maréchal de France.
En quittant Angers, le Maréchal me prescrivit de
faire exécuter de grandes manœuvres au 9* corps pendant une quinzaine de jours. Sous l'Empire, les grandes manœuvres s'exécutaient sur des terrains préparés d'avance, comme les camps de Châlons et de Lannemezan. Pendant mon ministère, on avait tenté le premier essai de grandes manœuvres sur des terrains variés, dans la vallée du Rhône, sous la direction du général Bourbaki, et avec un plein succès. Depuis, on a agrandi le procédé, et aujourd'hui l'on manœuvre partout, en indemnisant raisonnablement les propriétaires des terrains que foulent les troupes. Les grandes manœuvres ne sont qu'une image bien affaiblie de la guerre, puisque l'imprévu et le danger y manquent toujours, et puisque le calcul des résistances qu'on peut rencontrer y est forcément faux; car, pour l'établir, on ne peut pas tenir compte de ce facteur moral qui décide des victoires.
Comme l'a écrit M. Thiers, à propos des combats où les six mille hommes du général Dupont battirent les trente mille hommes du général Mack à Haslach et à Albeck : « C'est qu'aux grands généraux il faut de grands soldats. Les plus illustres capitaines ont souvent besoin que leurs troupes réparent, par leur héroïsme, ou les hasards de la guerre, ou les erreurs que le génie lui-même est exposé à commettre. » Eh bien, dans les grandes manœuvres, le facteur moral n'intervient pas, et les simulacres de bataille ne sont bons qu'à amuser la galerie et à intéresser les soldats, au point de leur faire oublier leurs fatigues. Mais ce que les manœuvres enseignent, c'est le service de sûreté et de reconnaissances, c'est le calcul des marches, c'est le temps nécessaire pour passer de l'éparpillement des cantonnements à la concentration. Elles habituent les chefs à manier des effectifs considérables, à faire parvenir leurs ordres en temps utile, à choisir des positions judicieuses. Enfin elles constituent une bonne école pour l'Admi-