ET MAXIMILIEN
avoir fini avec le Mexique. On sentait que sa pensée aurait pu se formuler ainsi : « Que Maximilien se débrouille! Moi, je m'en lave les mains. »
C'est qu'en effet, bien qu'à ce moment-là la guerre de Sécession fût encore loin de son terme, il était clair que la défaite des Séparatistes n'était plus qu'une question de temps , et que l'indomptable énergie du président Lincoln viendrait à bout du Sud, dont l'écrasement, aux yeux d'un homme aussi perspicace que Napoléon III, devait compromettre singulièrement notre établissement au Mexique. Aussi le maréchal Bazaine allait-il bientôt recevoir l'ordre d'organiser le plus rapidement possible l'armée impériale mexicaine, afin de dégager l'armée française. Il s'y conforma de son mieux en renforçant les troupes de l'empereur Maximilien, au moyen de nombreux cadres empruntés à nos propres troupes. Beaucoup de militaires français prirent l'engagement de rester au Mexique après le départ de notre armée, et cet engagement, ils le tinrent loyalement, sans toutefois que leur dévouement à la cause de Maximilien ait pu sauver un empire condamné à périr par la nature même des choses.
L'Impératrice, elle aussi, pendant les premières phases de la campagne, recevait volontiers les officiers qui revenaient du Mexique et se plaisait à les faire parler. Mais les temps étaient passés , hélas ! où ces officiers n'avaient que des choses agréables à lui apprendre et où , par conséquent , elle n'avait que du plaisir à les écouter. La Souveraine ne partageait pas l'imperturbable placidité de l'Empereur, et quand on lui apportait des faits qui contredisaient ses aspirations , elle en éprouvait une irritation dont elle ne ménageait peut-être point suffisamment l'éclat, et que la moindre convenance commandait de lui épargner. Nous n'aurions pas pu lui représenter comme bien sérieuses les chances du parti clérical au Mexique. Nous
n'avions donc aucune chance de lui plaire ; elle ne nous accorda point la faveur d'être reçus par elle, et nous n'osâmes point la solliciter.
Mon congé allait expirer, et je ne recevais aucune nouvelle du ministre de la guerre. J'étais toujours titulaire du commandement de la cavalerie au Mexique. Ce commandement venait d'être augmenté par l'adjonction d'une troisième brigade, et je faisais sans dépit mes préparatifs pour aller le reprendre, bien qu'il fût plutôt nominal qu'effectif, la cavalerie étant dispersée sur toute l'étendue du vaste empire, lorsque, dans les premiers jours d'août, je fus nommé au commandement de la brigade de cavalerie légère de la Garde impériale, en remplacement du petit général de Clérembault, qui portait un nom illustre dans la vieille armée et qui venait d'être nommé général de division.
C'était une grande faveur qui m'était ainsi faite , faveur dont je devais me montrer d'autant plus reconnaissant que je ne l'avais pas sollicitée. Je puis dire que j'inaugurai une série heureuse pour les « Mexicains », car, après moi, presque tous les officiers de mon grade revenant du Mexique passèrent dans la Garde, et entre autres les généraux du Preuil, Brincourt, Garnier. Ceux qui ne trouvèrent pas de place dans la Garde reçurent, en guise de dédommagement, une position dans l'armée de Paris.
Mon premier soin devait être de me pourvoir d'un aide de camp, puisque je ne pouvais plus compter sur mon pauvre du Vallon qui, à mon départ, était devenu le second de Dupin dans les Terres-Chaudes et préludait par des exploits ignorés à une mort glorieuse et inutile. Précisément, venait de rentrer en congé un jeune officier d'état-major, stagiaire dans mon ancien régiment, que j'avais emmené au Mexique avec mes deux escadrons de chasseurs d'Afrique : M. Darras, c'est le nom de cet officier, est aujourd'hui général de