PETITE GUERRE
le sort que le destin leur réservait. Ils flattèrent mon amour-propre, car un chef militaire est toujours heureux des compliments qu'on adresse à sa troupe. Ils eurent pour contrepoids, le lendemain même, une lettre fort sèche que je reçus de mon général de division, me marquant sa surprise de n'avoir pas été prévenu à temps pour pouvoir présenter lui-même, si tel était son bon plaisir, un régiment qui dépendait de lui. Je répondis sur le même ton que, commandant de la garnison, je recevais directement des ordres de l'aide de camp de service, que je n'en devais compte qu'après, et non avant leur exécution, dans mes rapports journaliers adressés à la division, qu'au reste le général commandant la 2e division d'infanterie de la Garde aurait eu également à se plaindre, puisque le bataillon de chasseurs à pied dépendait de lui et puisqu'il n'avait pas été prévenu davantage. L'affaire en resta forcément là, mais elle jeta du froid entre mon supérieur hiérarchique et moi. Mais, à la fin de l'année, le général Feray passa la division de cavalerie au général de Montebello, qui venait de quitter le corps d'occupation de Rome. Il fut nommé président du Comité de cavalerie. On sait déjà que mes rapports avec le général de Montebello n'ont jamais été tendres; ils ne s'améliorèrent point dans la Garde. Le nom illustre qu'il portait et dont il était justement fier, sa position d'aide de camp de l'Empereur, les commandements importants qu'il avait exercés, avaient développé chez lui des habitudes hautaines. Il prit pour de la raideur déplaisante ma réserve et mon peu de goût pour le monde, et nos relations se réduisirent à des rapports de service qu'il ne sut pas rendre agréables, mais que je sus toujours conserver corrects.
l'exposition
Modifications militaires. — Généraux et ministres. — Le maréchal Niel. — L'affaire du Luxembourg. — Emile de Girardin. — Les souverains à Paris. — Grande revue. — Alexandre II. — Féerie. — Le Sultan. — Distribution des récompenses. — Le fantôme de Maximilien. — La folie d'une impératrice.
Les fêtes , les dîners , les représentations dramatiques, les chasses à tir et les chasses à courre servirent, en cet automne de 1866, de paravent à des occupations et à des préoccupations bien plus graves. Les hommes politiques français, l'entourage du Souverain affectaient l'optimisme et la sécurité, autant pour cacher la déception que leur avaient causée les victoires de la Prusse, que pour ne pas troubler l'œuvre de l'Exposition universelle, fixée à l'année suivante, et qui devait servir d'apothéose à l'Empire. Mais, au fond, tout le monde était très inquiet du grand changement survenu en Europe et de sa répercussion sur nos destinées.
Par des triomphes aussi rapides qu'inattendus, la Prusse venait de révéler au monde la force et la perfection de son outillage militaire, lentement et secrètement développé. Tous les militaires français comprenaient que nous n'étions plus à la hauteur de nos voisins, devenus nos rivaux par la force des choses ; et