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GÉNÉRAUX ET MINISTRES

de trois ans. Parmi les généraux, un seul appuyait le Prince, et peut-être même l'avait-il inspiré. C'était le général Trochu , qui préludait ainsi au livre fameux qu'il allait faire paraître : L'armée en i86j , livre consacré à l'apothéose du jeune soldat et à l'anéantissement de la légende des corps d'élite et de réserve, de la Garde impériale, notamment, livre séduisant, écrit avec talent, mais livre néfaste. Qui détruit la légende détruit la foi, et qui détruit la foi détruit une force incommensurable où tous les peuples, l'un après l'autre, sont venus chercher la victoire.

Si les militaires étaient unanimes à demander l'augmentation des forces nationales, les civils, tous rangés derrière M. Rouher, alors tout-puissant, étaient unanimes à contester la nécessité d'augmenter les charges militaires du pays. Envisageant la question sous un angle exclusivement politique, ils montraient dans les populations des symptômes de désaffection déjà visibles. « Nous avons, disaient-ils, prodigué à l'électeur les assurances pacifiques. Malgré deux guerres européennes et deux expéditions lointaines , nous avons réussi à vivre sur cette parole : L'Empire, c'est la paix. De quel front pouvons-nous venir, maintenant, demander à cet électeur de nouveaux sacrifices, au lendemain même du jour où nous avons été forcés de lui dire que rien n'était changé en Europe par les victoires de la Prusse, et que notre programme restait pacifique? Il ne nous comprendrait pas et se laisserait entraîner par une opposition naissante, infatigable, qui exploiterait contre nous nos propres déclarations. » A quoi les militaires répondaient à M. Rouher, avec leur candeur ordinaire :

« Exposez à la Chambre la situation telle qu'elle est, et la Chambre votera tout ce que vous lui demanderez. »

Il ne pouvait sortir des travaux de cette commission que ce qui sort toujours des assemblées, voire des con-

seils de guerre, c'est-à-dire des demi-mesures, des palliatifs impuissants. La principale, sinon la seule réforme décidée à Compiègne, fut la création de la garde nationale mobile , qui devait nous donner l'illusion de la force, sans rien ajouter à notre puissance. Je me rappelle fort bien avoir entendu dire, à cette époque, au maréchal Randon :

« Il faut être fou pour s'imaginer qu'on peut créer de toutes pièces des corps de troupes aussi considérables sans cadres, sans esprit militaire et sans éducation technique. »

Il sortit pourtant autre chose des conférences de Compiègne : il sortit un nouveau ministre de la guerre. Le maréchal Randon, dans toute cette discussion, s'était montré un peu raide, rebelle à tout compromis avec les idées nouvelles. Il n'avait vu que l'armée, il n'avait songé qu'à la rendre plus forte. Le maréchal Niel, au contraire, s'était montré moins intransigeant. Orateur disert, à l'esprit orné, à la parole élégante, en développant ses idées sur les réformes militaires, il avait su ménager les susceptibilités des hommes politiques; il avait séduit les avocats en parlant aussi bien qu'eux, et il leur avait laissé l'impression d'un homme capable de comprendre et de tourner les difficultés innombrables que devait entraîner une réorganisation militaire.

Grand, maigre, raide, imposant, avec sa physionomie austère et ses cheveux grisonnants en coup de vent, il était plutôt cassant et disgracieux pour ceux de ses subordonnés qui n'avaient pas l'avantage d'avoir pénétré dans son intimité. Mais, à Compiègne, il sut adoucir ses angles, et les ministres, enchantés, le demandèrent pour collègue. L'Empereur avait, d'ailleurs, beaucoup de goût pour le maréchal, et depuis fort longtemps. J'ai conté comment il avait failli lui donner le commandement de l'armée de Crimée, après l'échec du 18 juin

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