‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 52 sur 309 · POURQUOI LIBÉRAL · texte numérisé non relu

POURQUOI LIBÉRAL

d'autres moyens. Quand la force faiblit, il faut se résigner à faire appel à la persuasion. Quand on ne s'impose plus, il faut discuter. Napoléon Ier, ce dieu de la guerre, après les désastres de Russie, après la campagne de France, après l'inondation de la France par les Alliés, a dû promulguer l'Acte additionnel, aller au Champ de Mai, se faire plébisciter de nouveau, s'incliner devant des députés et des journalistes, solliciter ces idéologues qu'il avait flétris toute sa vie. Et puis, l'adhésion des masses, si formidable quand on est puissant, est illusoire quand on est faible. Les masses sont un nombre incalculable de zéros qui, alignés derrière un chiffre, représentent un total indéfini. Mais il faut être soi-même ce chiffre; il faut le leur fournir. Enfin, dans un gouvernement personnel, lorsque le Souverain sent décroître ses forces et son prestige, lorsqu'il craint de n'avoir pas le temps d'attendre que son héritier ait les épaules aussi fortes que les siennes, pour lui passer le fardeau qu'il a soutenu, il cherche naturellement à étayer par des institutions le régime qui écraserait l'enfant.

Napoléon III ne sentait plus dans sa main une armée invincible. Ses hésitations, en 1866, avaient créé l'Allemagne. La glorieuse guerre d'Italie elle-même, pour laquelle il avait eu la complicité de l'opinion , apparaissait déjà comme une faute, puisque nous nous trouvions obligés de compter avec l'Italie qui en était sortie, puisque nous nous trouvions même obligés de la rejeter entre les bras de l'Allemagne, en interposant nos baïonnettes entre elle et la Ville qu'elle considérait comme sa capitale nécessaire, comme le complément indispensable de son unité.

Nous avions abandonné le Pape à lui-même, en substituant à notre corps d'occupation un régiment de volontaires qu'on appela « Légion d'Antibes », qui vint renforcer la petite armée pontificale du général

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Kanzler. Or, à peine nos troupes étaient-elles rentrées qu'il fallut les faire repartir, car Garibaldi, à la tête de ses aventuriers, envahissait le domaine de Saint-Pierre. Le contact entre les troupes françaises et les bandes garibaldiennes amena le combat de Mentana que livra le général de Failly et dans lequel les Garibaldiens furent écrasés par les salves du fusil Chassepot. « Les chassepots ont fait merveille » , écrivait le général dans son rapport. Et l'opinion, égarée, vit un manque de cœur dans cette phrase qu'on lui reprocha tant et qui, pourtant , était toute naturelle dans la bouche d'un chef rendant compte des effets d'une arme nouvelle. Ce ne fut pas, d'ailleurs, à Mentana qu'on entendit pour la première fois les crépitements du chassepot; les Arabes en avaient eu l'étrenne. Peu de temps auparavant le colonel de Sonis, commandant supérieur de Laghouat, attaqué, près d'Aïn-Mahdi, par une nuée d'insurgés, les avait dissipés par le feu répété de deux compagnies de zouaves armées du nouveau fusil. Il n'en était pas moins vrai que l'obligation où nous nous trouvions de foudroyer ces Italiens que nous avions délivrés était un échec pour la politique impériale.

Donc, le prestige militaire du second Empire était entamé par Queretaro, par Sadowa et même par Mentana. L'Empereur, malade, vieilli, voulait, en outre, entourer d'hommes nouveaux, apportant une force nouvelle, ce trône qu'il allait laisser à un enfant. Pour cela, il fallait conquérir les élites, les gens de plume et de parole, les rattacher à l'héritier en leur donnant des intérêts, une influence autour de lui. Voilà pourquoi l'Empire devint libéral.

Voilà pourquoi, dès 1867, l'Empereur accordait de nouveaux droits au Corps législatif. Voilà pourquoi la tribune fut relevée. Voilà pourquoi la responsabilité impériale s'effaça peu à peu devant la responsabilité ministérielle. Voilà pourquoi la presse, soustraite au

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