‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 81 sur 309 · MON ÉTAT-MAJOR · texte numérisé non relu

MON ÉTAT-MAJOR

terai en leur temps. Ce galant homme, ce soldat vaillant et dévoué a souffert à cause de moi.

Le chef d'état-major, colonel Ferri-Pisani, aide de camp du prince Napoléon, petit-fils du maréchal Jourdan, n'ayant pas rejoint, fut remplacé par le commandant de Lantivy de Trédion, homme de devoir et de conscience qui, devenu veuf et voulant se consacrer à l'éducation de ses deux fils, s'est immobilisé, depuis, dans les fonctions d'aide de camp du général de Martimprey , gouverneur général des Invalides. Il est, cependant, arrivé au grade de général de brigade. Il avait pour adjoints : le capitaine Delattre, tombé malade à Lunéville, que j'ai retrouvé à peu près aveugle à Tours , et le capitaine Chalanqui, charmant officier, mais de santé délabrée. Après avoir tenu bon pendant la campagne, il dut quitter l'armée, au retour de captivité. Le capitaine Paul de Saint-Sauveur, qui avait accompagné, comme aide de camp, le général Castelnau au Mexique. Très remuant, sans grande vocation militaire, donna sa démission après la Commune. A peu près ruiné, après avoir possédé une grande fortune, il est mort, il y a douze ans, d'une façon mystérieuse à l'hôtel Vouillemont. Et enfin le capitaine Coste. Beaucoup de valeur et d'instruction. A donné sa démission brusquement. Je le vois encore, à Paris, et l'apprécie beaucoup.

Mon état-major était complété par trois jeunes lieu tenants stagiaires de la division, qui servirent à souhait : MM. Tronchet, Lelasseu et Lorrain.

Le lendemain, 11 août, nous exécutâmes une grande reconnaissance dans la direction du nord-est, sur Pange et Ars. Nous prîmes contact avec les coureurs ennemis, sans qu'il en résultât un engagement sérieux. La présence de la cavalerie allemande fut signalée par ce fait qu'elle m'enleva trois chasseurs d'Afrique. Quand ie vins rendre compte de cette reconnaissance au ma-

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réchal Le Bœuf, il me parut enchanté. Il se frottait les mains, et à chaque détail que je lui donnais, il répondait : « Ça mord, ça mord ! » Se donnait-il le change, ou voulait-il me le donner ?

Le 12, je reçus l'ordre d'envoyer une brigade à Pont-à-Mousson. La cavalerie allemande venait d'y apparaître. Elle avait coupé la ligne de chemin de fer qui nous reliait au camp de Châlons, et par laquelle arrivait le 6e corps, commandé par le maréchal Canrobert, dont la présence était impatiemment attendue. Je chargeai de cette opération le général Margueritte, pour qui j'avais autant d'estime que d'attachement. Le général Margueritte était peut-être le plus complet de nos officiers de cavalerie, et il serait devenu certainement le grand chef de toute l'arme, s'il n'avait pas trouvé la mort, quelques jours plus tard, à Sedan. Il régla sa marche de façon à arriver à Pont-à-Mousson à la nuit tombante. Il y trouva un détachement de dragons prussiens, occupés à enlever les rails et protégés par un détachement de hussards qui, en voyant accourir les chasseurs d'Afrique, se barricadèrent au plus vite dans une grande auberge. Pendant qu'avec un de ses régiments il investissait cette auberge, l'autre fondait sur les dragons et les détruisait, tuant un officier et quatorze cavaliers, faisant prisonniers deux officiers et vingt-six hommes. Les hussards essayèrent d'échapper à leur sort par une brusque attaque. La grande porte de l'auberge s'ouvrit, et tout le détachement se précipita sur nos chasseurs, sabre en main. Margueritte reçut d'un des officiers un coup de sabre qui coupa en deux la visière de son képi. Ce trait d'audace ne réussit pas, et les hussards furent tous tués ou capturés. Margueritte fit rétablir la voie; et le 6e corps put rejoindre l'armée de Metz, malheureusement pas tout à fait en entier, car il lui manqua toujours son artillerie, sa division de cavalerie, son génie, ses services

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