‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 82 sur 309 · LE GÉNÉRAL MARGUERITTE · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL MARGUERITTE

administratifs et presque le quart de son infanterie, trois régiments sur seize. Margueritte n'en avait pas moins réussi son opération, sans avoir besoin d'un corps d'éclaireurs volontaires qui devait, à ce que m'avait dit le général Jarras, sortir derrière lui pour l'appuyer et qui ne put pas quitter Metz. Ce corps avait été organisé, avec beaucoup de fracas et d'agitation, par un M. Arnous-Rivière. Il n'eut pas d'histoire et n'en pouvait pas avoir.

Les quelques jours que je passai à Metz, avant l'ouverture des opérations actives , furent agités et attristés par les nouvelles alarmantes venues de Paris. Nos premiers revers avaient éveillé dans la Capitale des sentiments que les proclamations du Gouvernement, rédigées pour les calmer, n'avaient fait que surexciter. La chute du ministère, les troubles dans la rue, une émeute à la Villette, nous prouvaient que, dans notre malheureux pays, ne régnaient plus cette union, ce concours désintéressé de toutes les volontés, indispensables au succès de notre entreprise, et dont l'Allemagne entière nous donnait, hélas! en ce moment, l'exemple.

Le décret impérial, qui remettait le commandement suprême au maréchal Bazaine, vint encore augmenter les fâcheuses impressions du monde militaire. Ce n'était pas que le choix lui-même provoquât des protestations. En dépit de sa criminelle inaction du jour de Spicheren , le maréchal Bazaine n'avait pas encore perdu la confiance de l'armée. Elle reconnaissait encore en lui des qualités qu'elle croyait à la hauteur de sa tâche, et parmi nous, quelques rares esprits clairvoyants avaient seuls percé ces finasseries arabes qui ne pouvaient plus servir sur un théâtre agrandi, ce profond égoïsme qui allait lui faire subordonner les intérêts de la patrie à ses calculs personnels, cette sécheresse de cœur et cette absence de caractère qui disqualifient un chef.

Mais si l'on acceptait le maréchal Bazaine, on n'accueillait qu'avec de funestes pressentiments la faiblesse de ce gouvernement, qui se laissait emporter par le courant, et qui se laissait imposer un généralissime par ses ennemis irréductibles.

Ce fut dans la journée du 12 que l'Empereur remit le commandement au maréchal Bazaine. Les plans étaient encore une fois changés. On avait commencé par vouloir trois armées indépendantes, puis sept corps d'armée et même huit, en y comprenant la Garde, puis deux armées produites par la fusion de ces sept corps . Maintenant, il ne s'agissait plus que d'avoir une seule armée, et de concentrer au camp de Châlons toutes les forces actives du pays. Pour cela, il fallait que l'armée du Rhin, l'armée de Metz, se repliât sur Châlons, et l'Empereur insista de toutes ses forces auprès du Maréchal, pour qu'il prît sans tarder les dispositions nécessaires. Le Maréchal promit, et, le 13, parut l'ordre général de mouvement. Ma mission consistait à quitter mon bivouac sous Metz, le 14, à une heure, pour couvrir et éclairer l'armée sur la route de Verdun, par Conflans, tandis que la division de Forton remplirait le même office, en éclairant la route de Metz à Verdun, par Mars-la-Tour. Je devais, le 14, bivouaquer sur le plateau de Gravelotte, en me reliant à la division de Forton, bivouaquée à Rezon ville.

La majeure partie de l'armée française étant encore, le 14, sur la rive droite de la Moselle, la première opération à accomplir, pour la diriger sur le camp de Châlons, était de la faire passer sur la rive gauche. En amont et en aval de Metz, on avait jeté des ponts. Une crue subite de la rivière les rendit impraticables, de sorte que, pour passer de la rive droite à la rive gauche, il ne resta plus que les deux ponts qui aboutissent aux deux portes de la ville, dont les étroits pontslevis ne donnaient passage qu'à une voiture à la fois.

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