‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 86 sur 309 · LES CAVALIERS DE LA GRANDE ARMEE · texte numérisé non relu

LES CAVALIERS DE LA GRANDE ARMEE

rai; mais je viens d'en démontrer l'injustice en ce qui concerne le cas particulier de la journée de Rezonville ; car, pour cette journée, du moins, la portion de la cavalerie française qui était sous mes ordres a fourni au commandement une « base ferme pour appuyer ses décisions ». Et si le commandement n'a pas voulu croire sa cavalerie, ce n'est pas elle, c'est lui qu'il convient d'incriminer. Que si, maintenant, on voulait même généraliser cette critique sur le rôle de la cavalerie, pendant les débuts de la guerre, on trouverait encore à incriminer le commandement supérieur. Il est tout à fait exact que nos cavaliers n'étaient pas familiarisés avec le service en campagne, et maintes fois déjà j'ai expliqué pourquoi et comment leur inexpérience était le fruit de leur éducation militaire. Mais les conscrits de la Grande Armée qui apprenaient à monter à cheval sur les routes, en allant rejoindre leurs régiments, n'étaient pas de meilleurs éclaireurs que nos hussards ou nos chasseurs. Seulement, quand ils arrivaient à l'armée, ils y trouvaient un général qui savait se servir de sa cavalerie et qui les lançait en avant. Ils partaient, se faisaient tuer ou rapportaient quelques renseignements. Est-ce ainsi que les généraux en chef en ont agi avec nous, les cavaliers, en 1870? Est-ce qu'ils savaient nous lancer en avant? Quand ils nous maintenaient en arrière de leur infanterie, nous étions bien forcés d'y rester; car ce n'est pas nous qui choisissions nos places de bataille. Il ne suffit pas d'avoir une cavalerie aventureuse et instruite, il faut encore savoir s'en servir, savoir la répandre là où elle doit être répandue. C'est ce qu'on n'a pas fait. On a coupé bras et jambes aux gens, et ensuite on leur a reproché de ne pas pouvoir marcher. D'ailleurs , pour la cavalerie comme pour tout le reste de l'armée, si la victoire est la récompense des qualités militaires, elle en est aussi la source. La cavalerie est aventureuse, surtout quand m. Ia

elle porte le succès en croupe. Elle est timide, quand la défaite chevauche derrière elle. Les uhlans de Nancy n'ont fait qu'imiter les hussards de Stettin, et au début de la guerre, alors qu'ils ne savaient pas encore ce qu'ils allaient trouver devant eux, les uhlans, ces fameux uhlans n'étaient pas plus aventureux que nous. Ils n'en menaient pas plus large que nous n'en menions nous-mêmes. Ce qui leur a donné l'audace et l'esprit d'aventure qui confondent les publicistes, c'est l'habitude vite contractée de ne trouver devant eux que des troupes démoralisées par la défaite, et des populations résignées d'avance à l'occupation étrangère , parce qu'avant de voir arriver les uhlans, elles avaient vu passer ces troupes en retraite. Quand les uhlans ont vu que rien ne leur résistait, ils se sont envolés en avant, comme une bande de moineaux effrontés. A leur place, nous aurions fait aussi bien qu'eux.

Non, non, si le maréchal Bazaine n'a pas quitté Metz, ce n'est pas parce qu'à la place du corps de vingt mille hommes, il a trouvé l'armée allemande tout entière, comme mon rapport le lui avait signalé, car s'il eût voulu passer, cette armée ne l'en eût pas empêché; et s'il est resté à Metz, c'est qu'il a bien voulu y rester, ainsi que le démontrera le récit de nos opérations; c'est parce que Metz exerçait sur lui une double fascination. Il 'y accrochait, parce que tout général médiocre s'accroche toujours à une forteresse qui le dispense de manœuvrer en rase campagne. Il s'y accrochait, parce qu'à l'abri de ses forts, il voulait conserver intacte une armée dont il connaissait la vigueur et la fidélité. Dour en faire l'instrument de ses rêves ténébreux.

A quoi tiennent cependant les destinées de ce monde! Intervertissons par la pensée les rôles de nos deux grands chefs. Plaçons le maréchal de Mac Mahon à la tête de l'armée de Metz et le maréchal Bazaine à

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