LE GÉNÉRAL BOREL
6 avril. Après quelques hésitations, le maréchal de Mac Mahon, qui s'était retiré à Saint-Germain, au moment de la Commune, accepta, et bientôt il se présentait à son armée, rangée dans les grandes avenues du parc, monté sur un double poney qui allait à l'amble, afin de ne pas trop fatiguer son cavalier encore endolori par la blessure de Sedan . L'impression des troupes fut excellente, en face de cette figure, pleine à la fois de bonhomie et d'énergie.
Le maréchal de Mac Mahon, commandant en chef de l'armée de Versailles, prit pour chef de son état -major général son ancien aide de camp en Algérie, le générai Borel, qui l'avait quitté comme colonel à Alger et qui était venu le rejoindre à Saint-Germain, où les deux anciens compagnons d'armes unirent encore une fois leur fortune militaire. En partant d'Alger, le colonel Borel avait l'intention de renoncer à la carrière militaire pour épouser une charmante jeune femme qui était sa nièce. Des amis intervinrent et lui firent abandonner ce projet trop radical. Il se maria, mais accepta le poste de chef d'état-niajor de la garde nationale. C'est là que le trouva la guerre. Après nos premiers revers, il travailla à l'organisation des armées de province, fut nommé général de brigade, puis chef d'étatmajor du général d'Aurelle de Paladines, assista aux camp^nes de l'armée de la Loire et à la bataille de Coulmiers où il rendit de grands services. Devenu général de division, il suivit, toujours en qualité de chef d'état-major, Bourbaki à l'armée de l'Est, passa en Suisse, partagea le sort de cette armée et revint avec elle en France. C'était à la fois un homme de bureau et un homme d'action, un collaborateur admirable dont je devais plus tard apprécier les services et la loyauté. Sa plume était aussi claire et facile que sa parole était embarrassée et obscure. Il écrivait admirablement et avait toutes les peines du monde à parler.
L'état-major particulier du Maréchal formait un groupe des plus sympathiques. Il y avait là l'élégant colonel marquis d'Abiac, l'excellent et dévoué colonel Broyé, le commandant de Vaulgrenant, le devoir en chair et en os.
j'en aurai fini avec l'armée de Versailles quand j'aurai dit que le commandant en chef de son artillerie était le général Princeteau, militaire très capable, mais arrivé au terme de sa carrière, et qu'enfin son premier chef, le général Vinoy, accepta avec joie le commandement du corps de réserve, en attendant que la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur, que M. Thîers lui réservait, vînt récompenser ses grands services.
Le plan du Maréchal fut très promptement dressé, Si l'on a sous les yeux une carte de Paris, l'on s'aperçoit que l'enceinte de la Capitale décrit un saillant prononcé du côté du Point-du-Jour, sur les bords de ta Seine. Ce saillant fut choisi comme point d'attaque. 11 offrait cet avantage d'être le plus rapproché de l'armée de Versailles, de permettre à cette armée de se développer sans obstacles dans des espaces considérables, avec son flanc droit couvert par la Seine, et sa marche en avant, par Saint-Cloud et Boulogne, protégée par le feu d'une formidable batterie de soixante-dix pièces de gros calibre qu'on allait établir sur les hauteurs de Montretout et qui, mariant ses obus à ceux du Mont- Valérien, rendrait toute la zone ouest intenable pour l'assiégé.
Mais avant de s'avancer contre le Point-du-Jour, il fallait s'emparer du fort d'issy dont le tir aurait pris en écharpe les assaillants. Ce fut le général de Cissey, avec son 2* corps, manœuvrant au sud, qui fut chargé de cette opération en quelque sorte préliminaire. Elle commença le 12 avril.
Ainsi donc voici bien expliqué le plan général de la. conquête de Paris : Versailles étant considéré commela