‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 126 sur 285 · SUR LES REGISTRES · texte numérisé non relu

SUR LES REGISTRES

humunes, ce besoin de tout pardonner et de tout excuser furent encore une cause d'affaiblissement, en le portant à conserver ses faveurs et à maintenir sa confiance à certains hommes dont les fautes rejaillirent jusque sur lui et discréditèrent, jusqu'à un certain point, son gouvernement.

Au moment où Napoléon fil mourut, la coupure causée par la guerre dans notre histoire était encore béante, et cette mort, dont M . Thiers fit tout au monde pour diminuer l'importance, causa une impression beaucoup moins profonde qu'on pouvait le craindre ou l'espérer. Des registres furent ouverts chez M.Rouher, où chacun put aller s'inscrire. A défaut des opinions, à défaut de la reconnaissance, les plus simples convenances m'imposaient cette démarche, et je la trouvai tellement naturelle que je n'eus même pas l'idée de la discuter avec moi-même. Le général de Cissey, ministre de la Guerre , qui avait vécu beaucoup plus près que moi de la famille impériale, en jugea autrement, et il la représenta au maréchal de Mac Mahon comme une infraction à la discipline et un manque d'égards envers le gouvernement que je servais. Le Maréchal me donna raison, et il en résulta seulement un refroidissement momentané dans les relations, d'ailleurs intermittentes, que j'entretenais avec le général de Cissey, qui tantôt me traitait presque en camarade et tantôt presque en étranger, sans que rien de ma part motivât ses changements de température.

M. Thiers, de son côté, avait trop de bon sens et de tact pour me tenir rigueur d'un pareil acte, et non seulement il l'approuva, mais encore sa bienveillance allait me confier une mission honorifique à laquelle, je puis le dire, rien dans mon passé ne m'avait encore préparé.

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