‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 16 sur 285 · SUR LE CHAMP DE MANŒUVRE · texte numérisé non relu

SUR LE CHAMP DE MANŒUVRE

pendant deux ans en province , à Fontainebleau et Melun, à CompiÈgne et Meaux. et venaient passer un an à Paris ou à Saint-Germain. Ma brigade devait rester distribuée entre Fontainebleau et Melun jusqu'au mois d'octobre 1865. Je profitai du voisinage de mes deux régiments pour développer leur instruction, par , des manœuvres d'ensemble que je m'efforçai de rendre 1 aussi attrayantes que possible. A proximité de Fontai- Debleau, dans la vallée de la Sole, la société hippique de France avait aménagé pour les courses de chevaux un très vaste emplacement, et j'obtins l'autorisation d'y réunir deux (ois par semaine ma brigade, pendant la belle saison. C'était un peu dur pour les chasseurs de Melun, qui avaient trois lieues ;\ faire pour venir au champ de manœuvre et autant pour retourner à leur quartier. Les quatre escadrons montaient k cheval vers trois heures du matin, arrivaient un peu avant six heures. Ils manœuvraient pendant deux heures et demie, repos compris, avec les Guides, et ne rentraient à Melun qu'à dix heures passées. Le pansage retenait encore au moins une heure les cavaliers dans les écuries. Leurs vaillantes petites bêtes, après avoir marché, trotté ou galopé pendant près de huit heures, semblaient aussi fraîches à l'arrivée qu'au départ, Les hommes eux-mêmes, intéressés par le spectacle qu'ils se donnaient mutuellement, supportaient sans se plaindre ces fatigues qui contribuaient, du reste, à les entretenir dans un parfait état de santé. J'initiai donc ' avec acharnement mes cavaliers aux manœuvres compliquées, et peu pratiques à la guerre, du règlement de 1829, sans me douter que la destinée nie réservait (le les réduire plus tard, pour toute l'armée française, à la plus grande simplicité.

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depuis fort longtemps tous les hommes de guerre qui avaient étudié quelque peu le rôle historique de la cavalerie. Car le grand Frédéric lui-même en a écrit les règles, dans ses instructions à ses troupes, et probablement ne les avait-il pas inventées. Quand on met le nez dans l'Histoire et quand on constate, par exemple, que le régiment de cavalerie , tel à peu près que nous le connaissons, a été organisé pour la première fois par Gengis-Khan, on devient singulièrement modeste en fait d'innovations et on finit par croire que ce que les contemporains appellent des découvertes ne représente , pour la plupart du temps , que des exhumations. J'avais donc obtenu du conservateur de la forêt de Fontainebleau la permission de faire passer « même par les allées jusqu'alors interdites aux cavaliers, mes hommes éparpillés en éclaireurs, mes pointes d'avantgarde, mes pelotons et, au besoin, mes escadrons, employés à des exercices de reconnaissance. Mais c'était là une innovation qui choquait les habitudes des cadres et de la troupe, et bientôt j'eus à combattre non seulement l'inertie invincible de mes subordonnés, mais aussi les résistances de mes supérieurs. Pour ne pas me donner les allures d'un faiseur, je rengainai vite mon service en campagne, et je m'applaudis encore de ne pas m'être montré plus persévérant, car dans l'armée, comme dans le reste des choses humaines, pour réaliser le moindre progrès, il faut une impulsion énergique partie de très haut et seule capable d'avoir raison de la routine chère à la plupart des hommes. Puisqu'on ne voyait guère rien de plus beau que les promenades militaires, je fis des promenades militaires, surtout après un accident assez pénible qui m 'arriva, au cours d'une manœuvre, et qui prouve combien les hommes, même aguerris, sont facilement impressionnables, et combien l'imprévu peut influer sur le moral de la meilleure troupe.

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