LES QUARANTE-CINQ
iire en ne mêlant pas les dr^ons avec les lanciers, comme on dit dans l'armée, et en expédiant, dans des chapitres séparés, le procès Bazaine, la tentative de restauration monarchique, pour consacrer Ensuite un chapitre à mes travaux techniques, avant fle rassembler et de raconter les incidents variés qui bmenèrent ma chute ministérielle. Les épisodes polilîques seront ainsi classés à leur place la plus rationfteUe.
' Ce n'est point par goût que je les narre. J'aurais préféré les ignorer, pouvoir les dédaigner et conserver «ette belle candeur qui m'avait accompagné jusqu'à tnon entrée dans le cabinet du duc de Broglîe. Mes occupations étaient plus que suffisantes pour absorber même un homme qui ne consacre pas de longues heures 'au sommeil. La réception d'une infinité de députés qui ■ne voyaient dans l'armée que le moyen de s'attacher ides électeurs, en obtenant pour eux, leurs fils, frères, cousins et petits-cousins les faveurs ministérielles, l'as- «stance régulière aux conseils de cabinet, où les débats ^inanquaient de suite et souvent d'intérêt pour moi, les ^discussions avec les commissions techniques, les rap-
Erts avec les fonctionnaires de la Guerre, venus de iris, la correspondance, la signature me jetaient, exté- é, entre les bras de la grande commission parlemen- (taire, dite ^es Quarante-Cinq, d'oii je passais dans l'en- "Ceinte législative, avant de revenir, pour me distraire, ■n'asseoir jusqu'à minuit devant ma table de travail. * Le président de la commission des Quarante-Cinq K£tait l'amiral de Montagnac, qui avait remplacé le mar- Iquis de Chasseloup-Laubat et à qui, plus tard, devait jéchoir le portefeuille de la marine. Mais l'homme im- Iportant, le factotum, la cheville ouvrière de cette comïnission était son rapporteur, le général Charreton, général du génie, rappelé de la réser\'e à l'activité pour ttft guerre. Sous un extérieur fruste et sous des formes
bourrues, le général Charreton cachait beaucoup de cœur et un grand amour du métier militaire. Nous avions vécu ensemble en Afrique où, en 1848, il avait été le héros d'une petite aventure dont j'ai déjà parié. Le général Cavaignac succédant, comme gouverneur général par intérim, au duc d'Aumale, avait eu la triste faiblesse de vouloir flatter la populace d'Alger, en abattant, sur la principale place de cette ville, la statue équestre du duc d'Orléans, due au ciseau de Man>* chetti. Et le capitaine Charreton fut chargé, avec un de ses camarades, de ce déboulonnement. Il eut le patriotisme de céder aux remontrances de quelques citoyens^ indignés de l'acte de vandalisme qui se préparait. Algecrconserva sa statue, et, pour ne pas rentrer bredouille ^ le capitaine employa ses sapeurs à décrocher un bonnet rouge dont on avait coiffé un arbre de la Liberté, et qta. j fut jeté à la mer. Le général Charreton n'en avait pa.s moins conservé des idées républicaines, contractées, je pense, à l'École polytechnique.
On conçoit que, dans ces conditions de surmenage, je n'avais guère de temps à consacrer aux incidents politiques. Je les subissais malgré moi. C'est ainsi que dès ma nomination, je fus assailli par les réclamations d'un ancien ministre de l'Intérieur de l'Empire, homme des plus agréables, d'ailleurs, M. Pinard, agissant au nom et comme conseil du prince Napoléon. Mon prédécesseur, le général de Cissey, avait fait rayer des cadres de l'armée le prince Napoléon, nommé général de division, au moment de la guerre de Crimée, par un décret impérial du 9 mars 1854. Le général de Cissey avait dû souffrir en prenant cette décision, car il avait été jadis chef d'état-major du Prince, pendant son court ministère des Colonies. Mais il céda aux instances de M. Thiers qui ne pouvait pas souffrir le prince Jérôme, et qui s'était permis un abus de pouvoir intolérable, en le faisant arrêter chez M. Maurice Richard, en le met-