QUE PENSE LE MINISTRE DE LA GUERRE
portants. Jamais de petits paquets. Jamais de contact entre le soldat et la foule. La troupe ne doit sortir de ses casernes que pour faire usage de ses armes. »
Deux ou trois jours après que M. Chesnelong (ut revenu de Salzbourg, au conseil des ministres, il se passa la scène suivante :
La discussion, assez languissante, portait sur des sujets administratifs, quand tout à coup le garde des Sceaux, s'adressant à l'ensemble de ses collègues, leur dit:
— Il est véritablement surprenant, messieurs, qu'en face des événements qui se préparent, nous ne connaissions pas encore les sentiments de M. le ministre de la Guerre.
Je répondis aussitôt :
— De quoi voulez-vous parler, mon cher collègue? Est-ce de la campagne monarchique qui se poursuit en ce moment? Dans ce cas, Je vous ferai observer que jamais, pas une seule fois encore, il n'en a été question au Conseil, et que, par conséquent, je n'ai pas eu à faire un étalage de sentiments qu'on ne me demandait pas,
— Oui, reprit M. Ernoul; c'est de cela que je veux parler. Je désirerais savoir comment se comportera l'armée, en face d'une restauration monarchique avec M. le comte de Chambord.
— Je vais vous répondre immédiatement. L'armée obéira, sans réserve et sans hésitation, aux ordres de M. le maréchal de Mac Mahon, qui exerce le pouvoir au nom de l'Assemblée nationale.
— Et... le drapeau blanc?
— Oh! mon Dieu, J'ai tellement confiance dans la discipline de l'armée, que je crois qu'elle ira jusqu'à subir le drapeau blanc, si on le lui impose.
A ces mots, un silence profond, glacial, s'établit autour de la table du Conseil. Tous mes collègues parais- 83LÎent figés dans une impas.sibtlité absolue. Le duc de
4fl4 MES SOUVENIRS.
Broglie, vice-président du Conseil, qui, en réalité, dirir geait toujours les discussions, fit cesser cette situation un peu émotionnante, en s 'adressant à moi :
-^ Subir le drapeau blanc! Qu 'entendez-vous par ces paroles, général?
— Mais, monsieur le duc, il me semble que ces paroles s'expliquent d'elles-mêmes. Croyez-vous, par hasard, que l'armée soit disposée à acclamer le drapeau blanc? Elle tient aux couleurs nationales. Elle y tient d'autant plus que de terribles malheurs viennent d'en ternir l'éclat et qu'elle veut leur rendre leur ancienne splendeur.
Et m 'adressant au Maréchal :
— Rappelez-vous 1830, monsieur le Maréchal. Le 29 juillet, trois régiments de ligne, le 5*, le 53* et le 15* léger, étaient en position, depuis la place des Victoires jusqu'à la place Vendôme. Quand les sddats virent venir à eux le drapeau d'Austerlitz, d'Iénaetde Friedland, on ne put plus les tenir, et le soir, dans ces trois régiments, les colonels n'avaient pas plus décent hommes avec eux, autour du drapeau blanc. Ah! le drapeau blanc, j'en parle bien à mon aise; car je ne vous exprime même pas mes propres sentiments. Je suis né sous le drapeau blanc. J'ai été élevé dans le culte de ce vieil étendard français. Enfant, quand je passais devant les Tuileries sur lesquelles il flottait, mon père me faisait ôter ma casquette devant lui; et déjà, je n'avais qu'un rêve, être appelé à l'honneur de le défendre. Mais il ne s'agit pas de moi; il s'agit de l'armée. Et je vous dis ceci : Si vous pensez qu'une restauration soit une entreprise tellement facile qu'on puisse sans inconvénient la compliquer encore, mettez le drapeau blanc en opposition avec le drapeau tricolore. Un drapeau, qu'est-ce que c'est? Ou ce n'est rien, un lambeau d 'étoffe accroché à un morceau de bois, ou c'est un symbole visible, un programme tan-